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Rio+20 : une déclaration d'intentions en panne d'ambition et une planète toujours en crise


Stéphane POUFFARY, ENERGIES 2050 pour l'IEPF

Retour sur Rio 20 - Article rédigée le 22 juin 2012

Rio 20 : une déclaration d'intentions en panne d'ambition et une planète toujours en crise 

A la demande de certains collègues .... Vous trouverez, ci-joint, un article sur les conclusions de Rio 20 écrit en direct de Rio de Janeiro en juin 2012. Cet article d'une quinzaine de pages a été publié dans le numéro 39 de la revue Medenergie, la revue méditerranéenne de l'énergie en septembre 2012

L'article raconte l'histoire de ce qu'aurait pu être Rio 20.
20 ans après le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, les Nations Unies ont organisé du 20 au 22 juin 2012 dans la même ville, une nouvelle Conférence mondiale sur le développement durable appelée Rio 20. L'objet de cet article est de rappeler quels étaient les enjeux et les thématiques de travail de cette conférence et de présenter la déclaration finale qui a été approuvée.
L'article raconte l'histoire de ce qu'aurait pu être Rio 20. Il s'appuie sur un ensemble de publications et de présentations réalisées au cours des derniers mois par ENERGIES 2050.
L'article fait un zoom particulier sur la place de l'énergie à Rio.

Pour ceux qui ne liront pas l'article en entier, vous retrouverez, ci-dessous la conclusion.

Une tentative de conclusion... ou le défi de la mise en oeuvre.

Rio 20 se devait d'être résolument différente du " Rio " de 1992. Si la première Conférence avait permis d'élaborer une certaine idée du développement dit " durable " ou " soutenable ", la deuxième se devait d'apporter des réponses concrètes et opérationnelles aux défis auxquels sont confrontées nos sociétés.

Rio 20 était également une merveilleuse opportunité pour redéfinir un mieux vivre ensemble supposant le respect des ressources naturelles disponibles et la mise en oeuvre à l'échelle mondiale d'une réelle et indispensable solidarité pour un développement partagé et universel, seul garant de la pérennité de nos sociétés.
Au cours des dernières décennies, force est de constater que les progrès n'ont pas été à la hauteur des enjeux et encore moins des engagements pris par les différentes parties prenantes. Pour autant, un certain nombre d'initiatives ont émergé et ont commencé à porter leurs fruits. Qu'elles soient portées par des politiques, des organisations ou institutions locales, régionales, nationales ou internationales, des représentants du secteur privé ou de la société civile, ces réussites sont le témoignage, même modeste, qu'un autre modèle de développement peut avoir du sens.

En ce sens, Rio 20 apparaissait comme une occasion unique pour que la Communauté internationale puisse s'interroger sur ses modalités de fonctionnement et puisse redéfinir un objectif commun pour les prochaines décennies. Chacun craignait une conclusion en forme de liste de " bonnes intentions ". Chacun attendait de Rio 20 un véritable plan d'action et le renouvellement de l'engagement de chacun en faveur du développement durable.

Il s'agissait également d'inventer une nouvelle gouvernance qui prenne en compte la réalité du monde d'aujourd'hui  afin d'être à même de pouvoir engager concrètement nos sociétés sur le chemin d'une transformation profonde et durable pour le bénéfice partagé des générations présentes et des générations à venir et cela, que l'on se place dans un pays dit développé, en transition ou en développement.

Les deux thèmes de la Conférence étaient intimement liés et renvoyaient à une multitude de concepts et de problématiques dans lesquels chacune des parties prenantes se trouve confrontée à un ensemble d'exigences individuelles légitimes ; mais aussi et surtout à un ensemble de devoirs indispensables envers ce que nous appellerons ici " le collectif ". Rio 20 devait aboutir à une définition partagée et acceptée par tous de cet ensemble de droits et de devoirs. C'est aussi pourquoi une gouvernance profondément rénovée sur le fond et sur la forme en assurant à chacun une équitable représentativité indépendante de la seule considération économique ou historique était indispensable. Dans un esprit de responsabilité partagée mais différenciée, la base de ce nouvel arrangement devait être pour chaque Etat ou chaque partie prenante de respecter ses engagements en tant que garantie du partage équitable de l'effort.

Le caractère prestigieux et emblématique de ce nouveau rendez-vous mondial ne devait pas occulter le fait que le monde dans lequel nous vivons a profondément changé, que l'on prenne comme référence les années 70', 80', 90' ou 2000'. Des défis nouveaux et des enjeux bien plus complexes et interdépendants que par le passé ont vu le jour. Nos modes de développement et d'organisation ont montré leurs limites avec des faiblesses notoires et de flagrantes contradictions. Et dans un tel contexte, notre incapacité collective à donner des réponses concrètes aux problèmes soulevés à l'occasion des précédentes Conférences au Sommet n'était pas le moindre des défis.

Quelle que puisse être la lecture que chacun fera des conclusions de Rio 20, force est de constater que le texte de la déclaration finale est très loin d'être à la hauteur des attentes et que la déclaration ressemble plus à une longue liste incantatoire qu'à un plan d'action concret et opérationnel.

Pour autant, comme j'ai eu l'occasion de l'écrire à l'issue de la Conférence sur le climat de Durban, malgré la modestie des résultats, l'histoire n'est pas encore totalement écrite. Certaines des phrases écrites alors peuvent s'appliquer à la Conférence de Rio. Seul le lieu a changé, la modestie des résultats étant le dénominateur commun aux deux cas.

Au final, on retiendra la décision de "renforcer" le Programme des nations unies pour l'environnement même si rien n'a été dit sur les modalités pratiques ou encore l'accord sur la création d'Objectifs du développement durable, destinés à prendre le relais des Objectifs du millénaire pour le développement sachant que ces objectifs arrivent à échéance en 2015 (la nouveauté étant qu'ils concerneront les pays du Nord et ceux du Sud et qu'il doivent être définis d'ici à 2015).

Rio 20 restera dans tous les cas gravée dans les mémoires. Chacun se souviendra des Etats incapables à dépasser leurs propres intérêts au service d'une vision du monde où équité et justice rimeraient avec développement partagé dans le cadre d'une trajectoire de développement contrôlée. Rio 20 restera le témoin de nations centrées sur elles en panne d'ambition et d'intérêt collectif.
L'Afrique et les pays les moins avancés restent encore plus que jamais les premières victimes de cette situation.

Rio 20 a été aussi l'occasion pour les bonnes volontés de témoigner à nouveau de leur mobilisation et de la sincérité de leur engagement. La richesse des événements associés organisés sur le lieu de la Conférence à Rio Centro ou au Sommet des peuples démontrent à ceux qui pourraient en douter qu'une part grandissante de l'humanité ne croit pas à l'apparente fatalité des trajectoires de développement de nos sociétés.

A ce jour, même si une grande déception voire une certaine colère peut être compréhensible, même si certains communiqués de presse ne parlent que de l'échec, d'autres aussi parlent du renouvellement de leur engagement. De nouveaux réseaux déjà se créent et des partenariats sont annoncés.

Rien ne pourrait être pire que de céder du terrain par lassitude ou par fatalisme. Plus de 45 000 personnes ont participé à cette conférence et plus de 191 pays ont été représentés.
Rio 20 a peut-être manqué son rendez-vous mais je me plais à croire que l'histoire n'est pas encore écrite.


Stéphane POUFFARY, Directeur Général - Association ENERGIES 2050
22 juin 2012

[PROCESSRIO2012]

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