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Allemagne : l'énergéticien E.ON montre la voie vers les énergies renouvelables


Le 30 novembre, le grand énergéticien allemand E.ON a décidé de l’arrêt total de ses activités de production conventionnelle d’électricité, pour se concentrer exclusivement sur les énergies vertes. Une mutation radicale qui va conforter la position de l’Allemagne, à l’avant-garde des énergies renouvelables. Ailleurs en Europe, et notamment en France, les grands groupes se mettent également à l’heure de la transition énergétique.

Les réactions, françaises, à la suite de la décision-choc d’E.ON de rompre avec ses activités traditionnelles pour ne plus opérer que dans le domaine des énergies renouvelables, ont été diverses. Pour le Figaro, la société allemande a été la « victime » de la transition énergétique. A l’inverse, les Echos estiment que ce choix va « révolutionner » le marché. Nettement plus neutre, le Monde se contente d’indiquer qu’E.ON « réorganise totalement ses activités ».

Curieux décalage d’opinions à l’heure où la transition énergétique et écologique se trouve sur toutes les lèvres. A priori, se désengager des centrales à charbon si polluantes devrait être unanimement accueilli avec des louanges. Celles de Sigmar Gabriel, le ministre allemand de l’Economie et de l’Energie sont assez discrètes : « avec cette décision, E.ON est le premier groupe à s’adapter à la nouvelle donne de l’approvisionnement énergétique. Cela crée certainement de nouvelles opportunités ». Johannes Teyssen, président du directoire d’E.ON, lui, est plus optimiste : « comme un des plus grands producteurs électriques européens, la société sera bien positionnée pour agir comme catalyseur et plate-forme de la consolidation du marché de la production ». 

De fait, l’ampleur et la rapidité de la mutation énergétique allemande ont peut-être inquiété. Le pays accélère le mouvement initié il y a seulement quelques années, après la catastrophe de Fukushima. L’arrêt du nucléaire avait provoqué le retour des centrales à charbon. Une situation un brin schizophrénique de développement des énergies vertes, soutenu par une des énergies les plus noires. 

Ailleurs en Europe, la transition énergétique, qui trouve un assez large écho, ne s’opère pas aussi brutalement. Les pays scandinaves, comme souvent, font figure de précurseurs, notamment grâce à leur expertise en matière d’énergie éolienne. Tandis que la France, par l’implication de ses grands énergéticiens, accélère de manière continue le déploiement des énergies renouvelables sur son territoire.

A cet égard, les entreprises n’ont pas attendu l’impulsion politique, concrétisée seulement depuis cet automne avec la loi sur la transition énergétique ou encore avec l’appropriation subite des questions climatiques par le président Hollande. Depuis plusieurs années, une entreprise comme EDF se prépare, non sans pragmatisme économique et politique, à cette transition. Le groupe diversifie de plus en plus ses activités, notamment par le biais de sa filiale EDF Energies Nouvelles, participe à des « actions nationales de sensibilisation au développement durable et de valorisation des métiers de l’économie verte », pour reprendre le jargon du ministère de l’Environnement, et s’associe, au niveau territorial, à « des initiatives », comme c’est le cas en Alsace, en Corse, ou encore à la Réunion.

De bonne ou de mauvaise grâce, selon les perceptions éditoriales, le passage progressif ou rapide aux énergies renouvelables pour les grands groupes énergétiques européens est une réalité. Long à se dessiner dans de nombreux pays, l’engagement politique pour la transition énergétique implique une révolution de cette industrie. E.ON et EDF, pour survivre n’ont pas le choix. Tant mieux d’après Norbert Allnoch, directeur de l’Institut des énergies régénératives, interrogé par l’Express : « l’explosion de la production d’électricité à base d’énergies renouvelables a bouleversé la donne : l’Allemagne nage dans un courant vert pas cher et n’a jamais autant exporté ». Dans le même temps, en France, EDF, associé à DCNS, a gagné un nouvel appel d’offres, le 2 décembre, pour construire des hydroliennes dans le Cotentin. Des victimes, vraiment ?

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