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Le réchauffement climatique menace les lacs glaciaires de l'Himalaya


Alors que les températures de la planète augmentent, bon nombre de glaciers de l’Himalaya reculent. Ainsi, les communautés montagnardes risquent de devoir faire face à des catastrophes, car les eaux de fonte alimentent les lacs glaciaires qui débordent et emportent tout sur leur passage – ce phénomène est qualifié de vidange brutale de lac glaciaire (Glacial Lake Outburst Floods ou GLOF).

A mesure que la prise de conscience grandit, les populations locales sont de plus en plus inquiètes, et les gouvernements de la région ont pris de nouvelles mesures pour prévenir les catastrophes. Mais travailler à de si hautes altitudes représente un défi majeur.

Le Népal vient d’abaisser le niveau du lac glaciaire Imja de 3,4 mètres. Les résultats sont visibles sur les photos ci-dessous.

« Il fait très froid là-bas et c’est une zone de haute altitude », a dit Rishi Ram Sharma, le directeur administratif du département d’hydrologie et de météorologie du Népal. « C’est très difficile d’atteindre le lac Imja, même pour ceux qui sont en bonne condition physique. »

Le lac se situe à 5 100 mètres au-dessus du niveau de la mer et il n’y a pas de route d’accès. Il faut donc acheminer le matériel par hélicoptère. Les travaux sur le lac Imja ont été achevés à la fin du mois de novembre, mais il a fallu six mois à l’armée et à environ 100 bénévoles des communautés de la région pour aménager un tunnel et permettre l’évacuation de l’eau afin d’éviter tout risque de vidange brutale.

C’est le second projet de ce type mis en place par le Népal. En 2000, le gouvernement a abaissé le niveau du lac glaciaire Tsho Rolpa, qui était passé d’une superficie de 0,23 kilomètre carré à une superficie de 1,53 kilomètre carré en l’espace de cinquante ans. 

M. Sharma a dit que le Népal prévoyait d’abaisser le niveau d’au moins cinq autres lacs, mais il a souligné que son département ne disposait pas de données récentes et qu’il était donc possible que les chercheurs trouvent d’autres zones à risque de vidange brutale.

« Notre prochain projet a pour objectif d’identifier les risques posés par les lacs glaciaires en étudiant les caractéristiques géophysiques des lacs du Népal », a-t-il dit. « Si nous arrivons à la conclusion qu’un lac représente une menace pour les populations qui vivent en aval, alors le lac sera drainé. »

Le Népal n’est évidemment pas le seul pays à risque. Les glaciers de la région de l’Himalaya fondent. Cela veut dire que le volume d’eau des lacs glaciaires augmente, mais aussi que les barrières naturelles des lacs peuvent s’écrouler. En général, ces barrières sont constituées de roches et de sédiments formées autour d’un noyau de glace qui, dans certains cas, a commencé à fondre.

Le Centre International pour le développement intégré en montagne (International Centre for Integrated Mountain Development, ICIMOD), basé dans la capitale népalaise, Katmandou, a recensé 35 cas de vidanges brutales de lacs glaciaires au Népal, au Boutan et dans la région autonome chinoise du Tibet au cours des dernières décennies. Dans la vallée pakistanaise de la Hunza, cinq vidanges brutales de lacs glaciaires ont été rapportées au cours des six premiers mois de l’année 2008, selon l’ICIMOD.

Suite à l’une des vidanges brutales de lacs glaciaires les plus meurtrières survenues en 1994 dans la région de l’Himalaya, le lac Lugge Tsho a débordé. Au moins 20 personnes ont été tuées, ainsi que du bétail vital pour la survie économique des populations qui vivent dans cette région montagneuse. L’inondation a en outre endommagé plus d’une dizaine d’habitations et d’autres infrastructures. 

La plupart des vidanges brutales de lacs glaciaires de l’Himalaya se produisent dans des zones reculées, peu ou pas habitées, et il peut arriver qu’elles passent inaperçues. Mais avec le réchauffement climatique, la menace a grandement augmenté. Il y a quelques décennies, le lac Imja n’existait même pas, mais au cours des dernières années, sa superficie a augmenté rapidement, et les autorités népalaises ont considéré qu’il posait une menace sérieuse.

Le risque est notamment lié à la situation géographique du lac Imja dans la région de l’Everest, une zone appréciée des randonneurs et qui accueille des villageois qui dépendent notamment des dollars dépensés par les touristes. 

Le gouvernement a mis en place un système d’alerte précoce dans six communautés très vulnérables établies sur les chemins de randonnée de l’Everest. Un capteur automatique a été installé sur le lac lui-même ; il peut transmettre tout mouvement d’eau au système d’alerte.

Karma Sherpa, qui vit en aujourd’hui en aval du lac Imja, dans le village de Dangboche, a dit que sa famille et lui avaient quitté leur domicile deux fois l’été dernier en raison de petites inondations, craignant qu’une vidange brutale se produise. Il a dit que l’initiative du gouvernement de drainer le lac et de mettre en place un système d’alerte avait ramené un peu de tranquillité.

« Maintenant, j’ai une certaine certitude quant à la nécessité de m’enfuir, de quitter ma maison », a-t-il dit. « Cela permet aussi de protéger l’investissement que j’ai réalisé dans un hôtel, pour l’instant. »

Source : IRIN

Communiqué de l'IRIN

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