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Prendre conscience de l'importance de l'air que l'on respire


Par Anna Gueorguieva économiste au Pôle mondial d'expertise en Développement social, urbain et rural, et résilience de la Banque mondiale.

Les autorités municipales investissent massivement en faveur de l’emploi — planification des infrastructures, initiatives pour renforcer les compétences, aide aux industries — dans le but d’améliorer la productivité et de créer des emplois et de la croissance, surtout dans les secteurs requérant des travailleurs qualifiés. Pourtant, elles négligent souvent un intrant important : la qualité de l’air.

Selon des travaux récents, une hausse de 10 unités de l’indice de la qualité de l’air réduit la productivité de 0,35 %. Cela peut sembler négligeable, mais, en réalité, cet « essoufflement » des travailleurs qualifiés représente pour l’économie chinoise un manque à gagner de 2,2 milliards de dollars chaque année.

La recherche que nous évoquons (a) s’est intéressée à l’impact de la pollution de l’air sur la productivité des travailleurs dans les centres d’appel de Shanghai et Nantong, en Chine. Les centres étudiés sont ceux de la société Ctrip (a), l’une des principales agences de voyage du pays, qui emploie plus de 30 000 personnes. La moitié des salaires étant fonction du rendement, les mesures de la productivité sont à la fois très précises et fréquentes. Les chercheurs ont conclu à la robustesse de la corrélation entre les niveaux quotidiens de pollution de l’air et la productivité des employés. En moyenne, une hausse de 10 unités de l’indice de la qualité de l’air (AQI) induit une réduction de 0,35 % du nombre d’appels gérés par un employé pendant une journée où l’indice AQI est de 100. En extrapolant ces conclusions à l’ensemble des industries chinoises faisant appel à une main-d’œuvre qualifiée, le constat est clair : une diminution de 10 unités des niveaux de pollution atmosphérique accroîtrait la valeur monétisée de la hausse de productivité de 2,2 milliards de dollars par an.

À quoi correspond une hausse de 10 unités de l’indice AQI ? En Chine, cet indice regroupe les concentrations de six polluants atmosphériques. Dans 98 % des cas, les matières particulaires (des plus grosses [PM10] aux plus fines [PM2,5]), essentiellement émises par la combustion des carburants fossiles, constituent le principal polluant. Or, ces matières particulaires peuvent pénétrer dans le système sanguin (et affecter les fonctions cognitives) et dans le système respiratoire (perturbant les fonctions pulmonaires). Présentes partout, elles se faufilent facilement dans les intérieurs. Un AQI de moins de 100 est en général jugé acceptable. Entre 100 et 150, la santé des populations sensibles est menacée. Au-delà de 150, les risques concernent l’ensemble de la population.

Nous savons que les matières particulaires ont un impact sur les résultats aux tests scolaires (a), mais c’est la première fois qu’une recherche tente d’estimer leur effet sur la productivité des travailleurs qualifiés. Ces effets ne se cantonnent pas aux villes les plus polluées : ils se manifestent dès que l’AQI atteint un niveau de 150, banal dans toutes les grandes villes des pays développés et en développement. En 2014 par exemple, l’AQI de la ville de Los Angeles a dépassé la barre des 100 pendant 90 jours (a). Même si l’indice AQI des États-Unis n’est pas directement comparable à celui de la Chine, le comté de Los Angeles aurait engrangé un gain de productivité de 374 millions de dollars si les niveaux avaient été ramenés sous la barre des 100 pendant ces trois mois.

Heureusement, une ville peut à la fois maîtriser la pollution et privilégier l’efficacité économique. C’est le cas notamment en faisant le pari de l’accessibilité, qui réduit la pollution et améliore l’efficacité de l’activité économique locale. Les travaux conduits sous la houlette de Karen Seto (a), de l’université Yale, pour le Cinquième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) se sont intéressés à la forme urbaine sous quatre dimensions : la densité, l’occupation des sols, la connectivité et l’accessibilité. Il en ressort deux grandes conclusions : une densité supérieure ne suffit pas forcément à réduire les émissions des villes (étroitement liées à la pollution) ; et, sur ces quatre dimensions, l’accessibilité aux personnes et aux lieux est en fait le meilleur déterminant de la pollution. Elle est aussi un facteur clé pour l’efficacité des activités économiques locales et la capacité d’une ville à attirer des entreprises et des travailleurs qualifiés.
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Toutes ces questions, et d’autres, seront analysées par une équipe multidisciplinaire de la Banque mondiale, issue des pôles mondiaux d’expertise en Développement social, urbain et rural, et résilience et en Environnement et ressources naturelles et placée sous l’égide du programme Gestion de la pollution et santé environnementale (a). Il s’agira d’aider les villes à combattre l’impact de la pollution sur leur compétitivité. L’indicateur de compétitivité des villes (a) agrège plusieurs mesures de la croissance économique (PIB par habitant), de la création d’emplois et de la progression de la productivité. La recherche viendra quantifier le coût de la pollution sur la productivité des entreprises et leur aptitude à attirer des talents. En collaboration avec des chercheurs de renom, l’équipe évaluera également les effets de la pollution sur la compétitivité d’ensemble des villes. Ce travail permettra de réunir de nouvelles données sur les coûts économiques directs qui se surajoutent aux coûts de la pollution atmosphérique pour la santé. L’équipe travaillera en étroite concertation avec plusieurs villes pour étudier ces questions et aidera les autorités municipales à concevoir et mettre en œuvre des politiques permettant à la fois de renforcer la productivité et de maîtriser la pollution.

 
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Source : Banque Mondiale

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