L'importance du "MOX" dans la filière nucléaire


La filière nucléaire se verdit toujours plus – et s'exporte. C'est la conclusion qu'il convient de tirer de la récente signature, entre New Areva – la nouvelle entité du groupe nucléaire tricolore centrée sur le cycle du combustible – et la centrale japonaise de Takahama, d'un contrat portant sur la livraison de 32 assemblages de combustible dit MOX. Exploité depuis 1987, le "Mélange d'oxyde de plutonium et d'oxyde d'uranium" est utilisé dans les centrales électronucléaires pour limiter la consommation d'uranium naturel – élément chimique qui, une fois "enrichi", sert de combustible dans les réacteurs – en recyclant le plutonium extrait des combustibles usés.


Des stocks de plutonium stabilisés


L'archipel japonais, qui utilise désormais la technologie MOX dans ses quatre unités de Takahama, exploitées par la compagnie Kansaï Electric, n'en est pas à son coup d'essai. "La fourniture d'assemblages MOX pour Kansaï s'inscrit dans la continuité des accords signés avec les électriciens japonais à partir de 1975 pour le traitement de près de 3 000 tonnes de combustibles usés sur le site de La Hague" a précisé Areva en marge de la signature du contrat. Entre 1999 et 2017, six chargements de MOX ont ainsi voyagé des côtes françaises jusqu'au Japon, qui exploite actuellement cinq réacteurs nucléaires pour son électricité.
En France, c'est l'usine d'Areva Melox, dans le Gard, qui produit les assemblages de MOX, dont les livraisons pour EDF, qui gère le parc des 58 réacteurs nucléaires français, représentent plus de 13 000 tonnes de combustibles usés – traités quant à eux à La Hague (Manche) – et plus de 130 tonnes de plutonium recyclées. Loin d'être une exception française, le MOX sert de combustible un peu partout sur la planète ; certains grands acteurs nucléaires, comme la Chine, la Russie, l'Inde et les Etats-Unis, disposent – ou vont disposer – également d'infrastructure de recyclage. En Europe, c'est le choix fait notamment par l'Allemagne, depuis 1972, mais également par la Suisse, depuis 1984 et, plus récemment, la Belgique, en 1995.
La raison de cet engouement pour les "mélanges d'oxydes" ? "Le recyclage des matières énergétiques (uranium, plutonium) encore contenues dans le combustible usé, dont 96 % sont valorisables sous forme de combustible MOX" d'après le pure player Connaissance des énergies. Ce qui permet également la limitation des quantités de plutonium produit par les centrales ; on estime qu'un réacteur qui utilise 30 % de combustible type MOX consomme autant de plutonium qu'il en produit et, par conséquent, stabilise plus ou moins les stocks. Et c'est une bonne chose : alors que le plutonium n'existe pas dans la nature, les réserves naturelles d'uranium, dont l'enrichissement produit le plutonium, s'amincissent d'années en années.


Faible empreinte environnementale


Autres avantages : l'entreposage (provisoire) ou le stockage (définitif) des déchets non valorisables, qui, après conditionnement, voient leur volume et leur toxicité réduits – respectivement par 5 et 10 –, sont facilités. « Les combustibles sont retirés du cœur du réacteur nucléaire au bout de trois ou quatre ans. Ils sont alors stockés dans les piscines des réacteurs des centrales nucléaires pour commencer leur « désactivation ». Puis ils poursuivent cette désactivation pendant cinq à huit ans dans les piscines de l'usine de retraitement de La Hague » indique le média spécialisé dans les énergies. Ce n'est qu'après cette période que "les assemblages sont sortis de l'eau et cisaillés en tronçons de quelques centimètres" ; le plutonium et l'uranium sont ensuite séparés et conditionnés sous forme d'oxydes prêts à être recyclés.


Une manière, en quelque sorte, de rendre l'électricité nucléaire presque durable. « Presque », car le MOX usé, en raison de l'accumulation d'isotopes du plutonium non-fissiles dans les réacteurs, ne peut être recyclé. Ce qui n'empêche pas la technologie d'être, a priori, éco-responsable. Ce n'est pas nouveau, la production électronucléaire, si le système est bien optimisé, peut avoir une très faible empreinte environnementale – comme c'est déjà le cas en France – ; l'énergie nucléaire fait ainsi partie des trois sources énergétiques les plus respectueuses de l'environnement, avec l'éolien et l'hydraulique. Et c'est logique : que ce soit en termes de surfaces terrestres utilisées ou de quantité de gaz à effet de serre émise, l'atome fait office de bon élève, dépassant parfois même les sources vertes.


Dans le processus nucléaire, cependant, un élément peut alourdir le bilan écologique des centrales : l'enrichissement de l'uranium, s'il est alimenté par une électricité d'origine fossile, augmentera logiquement l'empreinte carbone. D'où l'importance d'avoir recours au MOX ; en France, 22 réacteurs d’EDF sont autorisés à charger du combustible "mélangé" et plus de 10 % de l'électricité nucléaire est ainsi produite. Le Japon, l'un des principaux partenaires de l'Hexagone en la matière, devrait dans les prochaines années posséder sa propre usine de recyclage de combustibles nucléaires usés. Des contrats ont d'ailleurs été passés en 2014 sur la transmission de retour d'expérience et Areva, l'an dernier, a formé au sein de Melox quatre ingénieurs de la société Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL).

Auteur: Benoit Boulard

 

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