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Déconstruction nucléaire : l'innovation est en marche


La fin d’une centrale nucléaire est un élément capital qui est pensé dès sa conception. En effet, l’atome est un domaine dans lequel il est impossible d’improviser et la polémique sur la fermeture possible de 17 réacteurs d’ici à 2025 vient occulter le travail déjà réalisé par EDF en matière de déconstruction. L’énergéticien a entamé neuf chantiers de déconstruction et son expertise est telle qu’il pourrait s’intéresser à ce marché à l’international.

Le nucléaire est une histoire de patience. Il faut du temps pour concevoir et construire des sites où la sûreté est optimale et après plusieurs décennies d’exploitation vient le temps de la déconstruction. L’affaire n’est pas mince puisqu’il faut entre 25 à 30 ans pour déconstruire entièrement un réacteur et permettre au site d’accueillir une nouvelle activité sans aucun risque pour la santé. Au-delà du débat quant à la fermeture prochaine d’une vingtaine de réacteurs en France, il est important de comprendre le déroulement d’une déconstruction et ses enjeux.

Trois étapes pour une expertise unique 

Contrairement à une usine où l’arrêt des machines ne prend que quelques minutes, une centrale nucléaire doit suivre un protocole strict pour mettre fin à son activité dans des conditions de sûreté maximales. La mise à l’arrêt de la centrale prend plusieurs années au cours desquelles le combustible est déchargé et les circuits vidangés avant la mise hors service des installations non nucléaires. C’est une étape primordiale, car 99,9 % de la radioactivité est évacuée à ce moment-là. Ensuite, les autres équipements sont démantelés à l’exception du réacteur qui continue de faire l’objet d’une surveillance étroite.

Ces deux premières phases ont lieu au cours des dix années qui suivent la fin de la production d’électricité. Il s’agit donc là d’un processus complexe qui ne s’achève qu’avec le démontage des dernières installations (réacteur) et des derniers éléments encore radioactifs sur le site. Cette ultime étape occupe le personnel d’EDF pendant une dizaine d’années supplémentaires. Actuellement, un réacteur situé à la centrale de Chooz (Ardennes) a atteint cette troisième phase. La cuve reste encore à découper après 16 années d’arrêt. EDF suit le calendrier prévu et a pour cela mobilisé des équipes spécialisées dans la déconstruction de sites nucléaires.

Le modèle nucléaire français est unique dans le monde puisque le concepteur, l’exploitant et l’opérateur de la déconstruction sont une seule et unique entité : EDF. En plus d’avoir des responsabilités bien définies et encadrées par l’Agence de Sûreté Nucléaire (ASN), EDF a ainsi pu acquérir une expertise sur l’ensemble de la chaîne du nucléaire. Le groupe assume entièrement le coût du démantèlement des centrales et en tient compte lors du financement de nouveaux projets. Ainsi, la France (à l’image de la Belgique et de l’Espagne) ont décidé de procéder à des démantèlements immédiats afin de ne pas faire supporter le coût aux générations futures.

Un marché prometteur à l’international

Un choix que n’ont pas fait la Russie ou l’Angleterre où le réacteur de Magnox de la centrale de Bradwell (nord-ouest de Londres) ne sera démantelé qu’à partir de 2092. Pour le premier réacteur de Chooz, EDF a tablé sur un coût de 350 à 500 millions d’euros afin de rendre le site utilisable pour toute nouvelle activité publique ou privée. Les contrôles menées par EDF et l’ASN sont drastiques et l’énergéticien entend bien se montrer exemplaire en la matière afin notamment d’attirer des contrats venus de l’étranger. En effet, les réacteurs français ne sont pas les seuls à prendre progressivement leur retraite. Il y a aujourd’hui 110 réacteurs arrêtés et 200 autres devraient les rejoindre d’ici à quinze ans. Ainsi, un nouveau marché s’ouvre et pourrait atteindre la somme astronomique de 200 milliards d’euros.

EDF dispose d’une vaste expertise en matière de démantèlement et s’assure d’une déconstruction propre et sécurisée pour ses sites, mais aussi pour les déchets radioactifs. Les neuf chantiers en cours sur le territoire français doivent servir de vitrine à l’international, mais EDF pense aussi à de nouvelles innovations lui permettant de rester un leader en la matière. Ainsi, le groupe a annoncé mi-septembre 2017, la création d’une toute nouvelle société : EDF Nouveaux Business dirigée par Michel Vanhaesbroucke. Le premier appel d’offres de cette nouvelle structure vise à faire émerger des idées innovantes, des projets concrets, portant sur le démantèlement de réacteurs nucléaires. Start-ups de la robotique, de la 3D ou nouvelle solution pour démonter du béton, tout est bon à prendre pour gagner en efficacité, en temps et en coût. La perspective étant explicitement affichée : les marchés du nucléaire à l’international.


Auteur : Benoit Boulard

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