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40 millions de personnes menacées par la désertification en Afrique



  • 40 millions de personnes menacées par la désertification en Afrique



    La dégradation des terres, communément désignée sous le terme « désertification » est devenue un phénomène mondial, mais elle touche plus particulièrement l’Afrique. On estime qu’il y a environ 40 millions de personnes qui sont menacées par la désertification en Afrique ; ce chiffre doublera dans 25 ans si la population croît à ce rythme et si aucune action vigoureuse n’est entreprise pour freiner ce processus. Cette tendance sera renforcée par les instabilités politiques, les migrations, les fluctuations des prix agricoles et surtout les changements climatiques.

    Au Sahel, la désertification se traduit essentiellement par un appauvrissement et une dégradation continue, parfois irréversible, du potentiel biologique productif (sol, eau, faune, végétation). Ailleurs dans les zones plus humides, ce sont les déboisements, la savanisation des forêts et la salinisation des zones irriguées qui prédominent.


    Au Sahel par exemple, dans le milieu rural, 95% de la population exploitent des terres vulnérables à la désertification, et parmi eux 62%, soit plus de 27 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Conséquence : la pauvreté et la dégradation des ressources naturelles forment ensemble un cercle vicieux.

    La dégradation des terres a un coût économique et social que des études scientifiques ont évalué. Les pertes économiques se chiffreraient dans l’ordre de 42 milliards de USD/an et par pays, c'est-à-dire de l’ordre de 1 à 9%/ an du PIB agricole. La plus grande incidence de la pauvreté se trouve dans ces zones arides.

    Quant aux coûts sociaux de la désertification, ils se manifestent par la pauvreté rurale, l’insécurité, les conflits, l’émigration de la jeunesse vers des horizons hypothétiques au péril de leur vie.


    Dans le Sahel, la gestion durable des ressources naturelles et de l’environnement n’est pas une question abstraite. Elle n’est pas non plus une option ! Elle est la seule voie possible tant les atteintes à l’environnement aggravent la pauvreté et l’insécurité alimentaire, précipitent les conflits d’accès et d’usage des ressources, alimentent l’instabilité sociale, politique et économique.

    C’est pourquoi, prévenir la dégradation des terres et restaurer le capital naturel dégradé devraient figurer parmi les priorités nationales et internationales dans le contexte du respect des Objectifs du millénaire pour le développement.

    Mais il faut rappeler que, malgré les plus sombres prévisions faites au moment des sécheresses récurrentes des années 70 et 80 au Sahel, il n’y a pas eu l’effondrement écologique prédit, même si les écosystèmes en Afrique de l’Ouest et en particulier au Sahel demeurent fragiles.

    En effet face à cette crise, les pays du Sahel et leurs partenaires techniques et financiers ont initié des projets de réhabilitation des terres dégradées : ouvrages de récupération des terres et de conservation des eaux et des sols, restauration des sols, agroforesterie, protection de la régénération des arbres et des arbustes dans les champs de culture etc. Pendant la même période, la plupart des pays ont entrepris des réformes réglementaires qui ont influencé les décisions en matière d'investissement dans la gestion des ressources naturelles. Les populations elles-mêmes se sont adaptées en changeant leur mode d’agir.


    Aujourd’hui, il existe des preuves scientifiques que les efforts consentis par les gouvernements, les partenaires au développement et les populations dans la récupération des terres dégradées au cours des trois dernières décennies sont à l’origine de changements remarquablement positifs tant du point de vue de la sauvegarde de l’environnement que des conditions socio-économiques des populations.

    Partout, à travers le Sahel, des progrès ont été accomplis dans la lutte contre la désertification. Des solutions techniques, organisationnelles, politiques adaptées et reproductibles existent et sont bien maîtrisées par les populations.


    Ces résultats positifs montrent qu’il est écologiquement, économiquement et socialement rentable d’investir dans les terres arides et confortent la conviction qu’il est possible de vaincre la désertification. Il est temps aujourd’hui de changer le discours pessimiste qui occulte tous les importants acquis dans la lutte contre la désertification au Sahel.

    Ces expériences réussies dans la lutte contre la désertification doivent être vulgarisées et portées à la connaissance des décideurs, des bailleurs de fonds et des populations pour les exhorter à poursuivre les efforts d’investissement.
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