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Anticosti veut rejoindre le patrimoine mondial de l'UNESCO



  • À moins de dix jours de la date limite fixée par Ottawa, la municipalité d’Anticosti a officiellement dévoilé sa candidature comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Le gouvernement provincial n’a toutefois pas encore confirmé son appui au projet, une étape cruciale au processus de sélection.

    L’initiative, entamée il y a plusieurs mois par des résidents de l’île, est soutenue par les élus régionaux, la communauté scientifique, les nations innues de la Côte-Nord et 23 000 Québécois.

    La candidature d’Anticosti est en réponse à un appel lancé en août dernier par la ministre fédérale de l’Environnement. Catherine McKenna avait alors invité les Canadiens à soumettre une liste des endroits les plus exceptionnels au pays, dans le cadre des festivités du 150e anniversaire du Canada. La période d’application prend fin le 27 janvier 2017, après quoi un comité consultatif étudiera les dossiers avant de remettre les candidatures retenues à l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

    Site à haute valeur scientifique

    Devant une foule d’une centaine de personnes réunies à la Maison du développement durable à Montréal, le maire d’Anticosti, John Pineault, s’est dit fier de remettre « un dossier scientifique complet ». L’UNESCO demande qu’un site démontre sa « valeur universelle exceptionnelle » avant d’être reconnu comme patrimoine mondial.

    Selon plusieurs sommités du monde scientifique, l’île à l’entrée du fleuve Saint-Laurent remplit cette condition puisqu’elle a des caractéristiques géologiques et géomorphologiques uniques. « Aucun autre site de l’UNESCO ne représente aussi bien la période de la première extinction de la vie sur la planète, il y a environ 445 millions d’années », indique le professeur au département des sciences de la Terre et de l’environnement de l’Université d’Ottawa, André Desrochers. 

    Au-delà de son importance scientifique, Anticosti est un site culturel et écologique qui se doit d’être un « legs pour le futur », plaide le directeur de la Chaire UNESCO en paysage et en environnement de l’Université de Montréal, Philippe Poullaouec-Gonidec. « Un patrimoine mondial, ce n’est pas uniquement de la préservation, c’est de la mise en valeur et du développement durable. »

    Québec absent

    L’annonce de la candidature d’Anticosti a toutefois été teintée par une absence notable, celle du gouvernement provincial. En effet, aucun représentant de l’État n’était sur les lieux pour offrir le soutien de Québec, malgré les nombreuses invitations lancées à cet égard.

    Un silence lourd de sens, croit le préfet de la MRC de la Minganie, Luc Noël. « Je trouve ça inconcevable et même inquiétant de voir que le gouvernement du Québec n’est pas ici avec nous, pour nous aider à présenter notre candidature. » L’élu s’attend néanmoins à ce que la province approuve la candidature d’Anticosti avant l’échéance du 27 janvier prochain.

    Un frein aux hydrocarbures?

    En trame de fond de l’annonce de mardi, l’île d’Anticosti s’apprête à subir au moins trois nouveaux forages pétroliers en 2017. La question se pose donc à savoir si la candidature à l’UNESCO est une tentative des citoyens de mettre des bâtons dans les roues du développement des hydrocarbures.

    Selon le professeur Philippe Poullaouec-Gonide, il n’y a pas de lien. « Comme expert, je ne l’ai pas perçu comme ça. Ce n’est pas un projet à contrepieds de l’exploitation des ressources, c’est un projet en soi. »

    Le préfet Luc Noël nie lui aussi un lien entre l’opposition aux forages et la candidature d’Anticosti. « Les deux dossiers ne sont pas liés. » Ce dernier a tout de même pris la peine de rappeler que la majorité des citoyens d’Anticosti refuse l’exploitation pétrolière. « Les hydrocarbures ne font pas partie de notre schéma d’aménagement. On ne veut pas de développement qui va détruire la nature. »

    Le premier ministre Philippe Couillard a annoncé à plusieurs reprises son opposition à l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti, ce qui laissait présager la fin des activités de prospection. Son gouvernement a toutefois accordé, en juin dernier, de nouveaux permis de forage avec fracturation. Un contrat « malheureux », selon Philippe Couillard, qui se devait pourtant d’être respecté.

    Source : Dossier : Anticosti, seule face au pétrole tout-puissant, Le Devoir

    Isaac Gauthier pour GaïaPresse

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