Al-Ahram Hebdo,Environnement | Carences et démesures 
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 21 à 27 mars 2007, numéro 654

 

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Environnement

Eau. Le 22 mars est la Journée mondiale de l’eau, organisée cette année sur le thème de la pénurie. L’occasion de faire le point sur l’utilisation en Egypte de cet élément qui devient chaque jour plus précieux.  

Carences et démesures  

Ahmad est décédé en mai 2005, quelques mois avant ses deux ans. Il est tombé du quatrième étage d’un bâtiment de la ville d’Al-Nahda (est du Caire). Une seconde d’inattention aura suffi à sa mère, occupée au moment du drame à organiser avec sa voisine leur ravitaillement en eau, sur le palier de l’appartement. Car ici, on n’a l’eau courante qu’une heure par jour, généralement après minuit. Sauf quand Madame Moubarak vient y faire une visite. « Trois semaines avant une visite de Suzanne Moubarak, les autorités ont ouvert les vannes tous les jours pendant 12 heures. C’était pour nous une grande faveur, mais c’est arrivé un peu tard. J’ai perdu mon petit pour toujours », se lamente Makassek, la maman d’Ahmad. « Le manque d’eau est un cauchemar. C’est vraiment dur. L’eau, c’est la vie. Sans eau, pas d’hygiène ni de santé », s’indigne Oum Nader, vendeuse de journaux dans la ville d’Al-Nahda.

D’un côté, la souffrance de la pénurie d’eau, et d’un autre, on ne sait comment gaspiller cet élément précieux. Pas loin d’Al-Nahda, il y a la ville de Chourouq, celle de Obour, et la région du Nouveau Caire qui regroupe Al-Tagammoe Al-Awal, Al-Tagammoe Al-Khamès et Qattamiya. Dans ces villes nouvelles, où habite la crème de la société, la plupart des villas ont une piscine privée, et les terrains de golf avec lacs artificiels ne manquent pas. La consommation en eau se compte par milliers de m3 par jour, alors que la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté en eau (fixé à 1 000 m3/an/personne. En Egypte, chaque personne bénéficie en moyenne de 850m3/an. Et le chiffre risque de tomber de moitié à l’horizon 2050, selon le dernier rapport de la Banque mondiale rendu public au Caire le 11 mars dernier (voir encadré).

« Halte au gaspillage ! Notre eau est limitée. Nous la tirons du Nil que nous partageons avec neuf autres pays, et la part de l’Egypte, 55,5 milliards de m3/an, n’a pas changé depuis une cinquantaine d’années. Alors que la population ne cesse d’augmenter ! », lance l’expert international en environnement, le Dr Mohamad Abdel-Fattah Al-Qassas. Il se demande, par ailleurs, comment la politique du gouvernement sur l’habitat peut laisser faire ces gaspillages dans les quartiers aisés. « Dans des pays comme les Etats-Unis ou le Canada, et malgré leur richesse en ressources hydrauliques, on évite le gaspillage. Dans les zones résidentielles n’est ainsi autorisée qu’une piscine pour 10 villas. Alors qu’ici, chacune a la sienne. Je voudrais bien qu’on m’explique comment cela est possible ! », s’exclame le Dr Al-Qassas.

Les quartiers résidentiels ne sont pas les seuls pointés du doigt puisque dans les campagnes, les gaspillages en eau sont également énormes avec l’agriculture. Celle-ci est, en fait, le premier consommateur d’eau douce du pays, et utilise plus de 85 % de ses ressources. Et ce, principalement pour la culture du riz. « Dans la culture du riz, on plante quand la terre est recouverte d’eau, ce qui implique une consommation énorme. Et comme le riz est devenu de plus en plus rentable, de nombreux paysans se convertissent à sa culture », explique le Dr Ahmad Al-Gohari, expert en agriculture. Il ajoute que la culture du riz n’est pas sans nuire à l’environnement à cause de l’incinération en plein air de quantités énormes de pailles causant chaque automne un épais nuage noir au-dessus du Caire, depuis maintenant 8 ans.

 

Solution intégrée

Les ressources en eau ont été passées sous silence depuis des années. Mais aujourd’hui, en raison du réchauffement climatique et de la diminution des pluies, le changement de politique dans leur gestion s’avère nécessaire et urgent. Selon le ministre égyptien de l’Irrigation et des Ressources hydrauliques, le Dr Mahmoud Abou-Zeid, les pays de la planète souffrant du manque d’eau sont à ce jour au nombre de 26 et ils seront 66 à l’horizon 2025. « Nous sommes face à un vrai et gros problème. La seule solution est de le traiter de façon intégrée, prenant en considération tous les facteurs qu’ils soient d’ordre économique, social ou environnemental », explique le ministre. Il ajoute que la politique de son ministère est de tirer profit de chaque goutte d’eau en améliorant la qualité des services. « C’est pourquoi nous avons préparé un plan pour la gestion intégrée des ressources en eau, le premier au Moyen-Orient. La préparation de ce plan nous a pris six ans. Son principe est le partenariat entre tous les intéressés, et la détermination du rôle de chaque ministère ainsi que les investissements, les coûts de fonctionnement et de maintenance jusqu’en 2017 », indique le Dr Abou-Zeid. Il précise que la mise en place de ce plan coûtera 145 milliards de L.E., dont 60 % seront financées par les ministères de l’Irrigation et de l’Habitat.

Malgré ce plan de gestion intégrée des ressources en eau, prêt depuis 2005, le gaspillage reste le même, voire empire : ces 12 derniers mois, les terres dédiées à la culture du riz ont augmenté de 700 000 feddans (294 000 ha) selon le ministère de l’Environnement. La situation est alarmante et les politiques ne procèdent, en fait, qu’à des ajustements. Le gouvernement se doit de prendre l’affaire au sérieux, d’accorder une priorité à ses politiques hydrauliques et de prendre des mesures strictes pour contrôler le gaspillage sous toutes ses formes. Comme le dit le président du Conseil mondial de l’eau, Loïc Fauchon : « Si seulement l’eau avait pu disposer des mêmes moyens pour la recherche et les investissements que ceux du téléphone ces dix dernières années ! Nous pouvons vivre sans téléphone portable, mais pas sans eau potable ».

Dalia Abdel-Salam

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L’urgence de réformer

La Banque mondiale vient de rendre public au Caire un nouveau rapport pour une meilleure gestion de l’eau dans la région MENA (Middle East North Africa).

« Obtenir le meilleur parti des ressources rares : une meilleure gouvernance pour une meilleure gestion de l’eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ». Tel est le titre du nouveau rapport publié par la Banque Mondiale (BM) au Caire le 11 mars 2007. Ce rapport vise à montrer de quelle manière la question de l’eau s’inscrit dans le contexte plus vaste des politiques économiques des pays de la région MENA. Il fait ressortir les mesures susceptibles de favoriser la mise en place d’un large programme de réforme dans le climat politique et économique actuel. « A travers la préparation de ce rapport, nous avons voulu accélérer la réforme », lance Julia Bucknall, spécialiste des ressources naturelles de la région MENA à la BM.

Selon le rapport, quelques pays de la région sont confrontés à de véritables crises et tout porte à croire que la situation se dégradera davantage. La disponibilité par habitant baissera de moitié en 2050, et s’accompagnera de graves conséquences pour les nappes phréatiques et les réseaux hydrographiques naturels déjà assez limités de la région.

« En effet, la détérioration de la qualité de l’eau nécessite des procédures de traitement qui sont très coûteuses pour les pays de la région. En plus, la quantité d’eau disponible est également très menacée. La pluie dans la région MENA a diminué de 20 % à cause des changements climatiques et du réchauffement de la planète. Plus encore, les pays de la région MENA dépensent beaucoup dans le domaine de l’eau et ne font pas de bénéfices sur leurs investissements publics. Tout cela mérite donc une politique de réforme du secteur de l’eau dans les pays du MENA », affirme Mme Bucknall.

En fait, le rapport s’adresse à tous les secteurs concernés que ce soit gouvernemental, non gouvernemental, privé, et même au simple individu.

« On espère que ce rapport pourra réaliser un changement, mais nous sommes sûrs que tout changement prendra du temps, surtout que les politiques dans la région MENA ne sont pas assez préparées à une telle réforme et plusieurs voix parmi les concernés ne sont pas reflétées ou représentées dans le processus de prise de décision. Au début, les changements seront minimes et isolés mais après, ils peuvent potentiellement servir de base d’appui à la réforme », estime Mme Bucknall.

Elle a de même ajouté qu’il existait des initiatives à saluer dans la région. Par exemple, il y a eu des progrès dans les technologies du dessalement de l’eau de mer. De plus, le secteur public a commencé à investir dans le domaine de l’infrastructure agricole, sans  oublier l’initiative de l’Egypte qui vise à la décentralisation de la gestion des ressources hydrauliques. Un projet qui doit être étendu à d’autres pays arabes en vue de la mise en place de réseaux arabes de l’eau.

D. A.-S.

 




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