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Allemagne : le gouvernement face au prix très élevé de l'énergie.



  • Huit ans après la privatisation du marché de l'énergie en Allemagne, les clients n'ont pas vraiment bénéficié d'une concurrence restée théorique. Le marché de l'énergie est dominé par quatre géants énergétiques qui jouissent d'une situation d'oligopole difficile à contrer. Résultat : les prix à l'électricité et au gaz en Allemagne se placent parmi les plus hauts de l'Union européenne. Jusqu'à présent, le monde politique traînait des pieds pour essayer d'intervenir. Mais la vigueur des protestations, ainsi que les critiques et menaces de représailles de la Commission européenne, oblige le gouvernement à prendre des mesures véritablement efficaces.En théorie, le marché de l'énergie en Allemagne est « libre » : le prix est fixé selon la loi de l'offre et de la demande, les consommateurs ont la possibilité de choisir leurs fournisseurs de gaz et d'électricité. En pratique, le marché de l'énergie est dominé par quatre géants énergétiques : les allemands RWE, EnBW, E.on et le suédois Vattenfall. Quant aux prix, ils flambent. En 2006, un ménage de trois personnes paie mensuellement 56,76 euros (dont 34,74 euros vont aux fournisseurs d'électricité), contre 41,76 euros en 2001 (25,05 euros étant destinés [aux] fournisseurs).

    Pour Holger Krawinkel, de la Fédération Allemande des Organisations des Consommateurs (Vzbv) responsable des questions à l'énergie, cette situation est due aux réseaux de distribution : en privatisant le marché de l'énergie en 1998, le législateur n'a pas séparé les réseaux des fournisseurs. De fait, ces derniers ont la main mise sur la distribution de l'énergie, obligeant tout concurrent potentiel à payer des frais de distribution exorbitants. « C'est comme si Volkswagen détenait le réseaux autoroutier d'Allemagne », explique Aribert Peters, de la Fédération des consommateurs de l'énergie (BDE).

    Aussi, les associations de consommateurs plaident-ils pour une séparation entre les réseaux de distribution d'énergie et les fournisseurs. « La Grande-Bretagne et les pays scandinaves n'ont pas procédé autrement. En Scandinavie, les réseaux de distribution sont restés propriétés de l'Etat, en Grande-Bretagne, ils ont été privatisés. Mais dans les deux cas, il y a les fournisseurs d'un coté, et les réseaux de l'autre. En Allemagne, les réseaux demeurent la propriété des fournisseurs », précise Holger Krawinkel.

    La situation d'oligopole est telle que le département à l'énergie de la Commission européenne a saisi, en mai 2006, les bureaux d'E.on et Rwe et elle ne manque pas de stigmatiser la concentration du marché de l'énergie en Allemagne et le flou qui y règne. Car, aux tarifs élevés des frais de distribution, s'ajoute les cours peu transparents à la bourse de l'énergie de Leipzig. « Là encore, contrairement aux pays scandinaves ou à la Grande-Bretagne, on ne voit pas bien l'origine des prix à la bourse. Les risques de manipulation des cours sont bien réels » déplore l'expert.

    Pour le consommateur, cela signifie des prix toujours plus élevés. Il est facile de changer de fournisseurs, mais les prix varient si peu que le changement n'apporte pas d'avantage substantiel. « Un nouvel arrivant sur le marché doit investir jusqu'à 100 euros de marketing pour chaque nouveau client, des frais qu'il doit naturellement amortir sur ses prix » continue Krawinkel, tout en précisant que dans ce débat, la place des énergies renouvelables, selon lui, ne jouent aucun rôle.

    Même si ce tableau énergétique paraît plutôt sombre, les associations de consommateurs commencent à montrer un brin d'optimisme. Car, après une longue période d'inertie, le monde politique semble réagir à la flambée des prix. De fait, une agence fédérale a été créée afin d'apporter un minimum de régulation et elle a déjà contraint les fournisseurs d'énergie de baisser leur frais de distribution. Il est également question de renforcer les pouvoirs de l'Autorité fédérale de la concurrence. Le Ministère de l'environnement évoque même la possibilité de séparer les réseaux des fournisseurs. « Quand on examine la situation en Grande-Bretagne, on s'aperçoit à quel point le législateur doit intervenir pour faire en sorte qu'une véritable concurrence s'installe », conclue Holger Krawinkel.

    Source :

    http://wwww.novethic.fr

    Claire Stam

    Mis en ligne le : 25/09/2006
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