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Vingt ans de résistance et de travail de fond en Haïti



  • par Awid, 6 juin 2017

    En 1970 à Port-au-Prince, les paramilitaires de l’ancien dictateur haïtien François Duvalier, connus sous le nom “Tonton makout” ont pénétré, saccagé et occupé le bureau de La Ligue Féminine d’Action Sociale, la première organisation féministe haïtienne, fondée en 1934. Grâce au bouche à oreille, les membres fondatrices de la Ligue ont accouru sur place quelques moments plus tard pour récupérer leurs documents qu’on avait éparpillé dans la rue. En dépoussiérant leurs archives, les membres de La Ligue, sont rentré-e-s à la maison, dit-on, pour s’appuyer sur le travail antérieur qui a failli disparaître.[1]

    Vingt-sept ans plus tard, suite au coup d’État de 1997 en Haïti, l’Asosyasyon Fanm Soley Dayiti (AFASDA) (Association femmes soleil d’Haïti), fut initié comme groupe de réflexion et d’action par un groupe de femmes éducatrices et avocates pour contrer les discours masculinistes sur la construction de l’État et les élections contestées, AFASDA a initié ses activités en réfléchissant à la problématique transversale du genre dans le pays.

    De 1997 à nos jours, elle a jeté les bases--dont divers programmes de formation en droits des femmes, d’assistance légale aux survivant-e-s de violences, de formations au leadership, d’alphabétisation de femmes--afin de soutenir les survivant-e-s de violence basée sur le genre, dans un contexte où 27% des femmes déclarent avoir subi des violences physiques au main de la part de leur partenaires ou autrui avant l’âge de 15 ans.[2]

    Créé comme noyau de résistance, la mission d’AFASDA était de travailler avec les femmes et les filles haïtienne pour leur développement intégral, le respect de leurs droits et aussi pour reformuler le problème de la violence basée sur le genre comme étant de nature systémique plutôt que domestique.[3]

    AFASDA, membre de l’AWID depuis le début de 2016, a collaboré à une vaste campagne de mobilisation des femmes et a également coordonné un programme de promotion d’un dialogue national mené avec la collaboration de radios communautaires.  

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    © AFASDA

    Célébrant leur 20ème anniversaire, forte d’expériences et d’alliances stratégiques, l’association poursuit sa mission et perçoit de nouvelles opportunités pour « les femmes d’exercer leur plein potentiel et de contribuer efficacement à la reconstruction de leur pays. »

    « Par exemple, notre plus récent succès est le fait d’avoir fait juger et condamner un policier qui a violé une jeune etudiante, selon une nouvelle loi qui vient juste d’être votée, » affirme Elvire Eugène, directrice exécutive de l’AFASDA et résidente de Cap-Haïtien, une ville située au nord d’Haïti. 

    Au niveau national, AFASDA prend activement part à la création et la gestion de divers réseaux et plateformes, dont la Coordination nationale de plaidoyer pour les plateformes des organisations haïtiennes (CONAP), la Platfòm Nap Vanse (Plateforme nous avançons), la Concertation nationale pour les femmes victimes de violence, le Réseau femmes du grand nord (REFAGNO).    AFASDA a plus de 18 branches à travers tout le pays, ainsi que des comités communaux et possède un effectif de près de 3 000 membres (composé de femmes, filles et jeunes) qui participent dans les prises de décision et direction des activités, au niveau d'assemblées.

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    © AFASDA

    AFASDA est impliquée dans la lutte contre la violence basée sur le genre, particulièrement la défense de première ligne (assistance psycho-légale, sensibilisation, etc.). Pour contribuer à la réduction des cas de violences de genre, AFASDA fait un accompagnement légal pour les victimes, offre un  hébergement  temporairement pour des besoins de sécurité, organise des séminaires de réflexion et débats et des activités de  sensibilisation de  la population.

    « Notre travail de concert avec nos partenaires contribue à la prévention des violences faite aux femmes et aux filles et à leur réintégration sociale, par la sensibilisation de la communauté sur la problématique de la violence faite aux femmes et aux filles et celle des autorités judiciaires et d’autres acteurs clés sur les difficultés rencontrées dans la prise en charge des femmes victimes de violences. » Elle offre aux femmes victimes de violence un accueil adéquat et leur faciliter l’accès aux services appropriées.    

    « On est aussi activiste, c’est-à-dire, on est obligées d’aller dans les autres communes pour parler un peu de la violence. Parfois on suppose que les gens savent ce que c’est la violence mais après, on constate qu’il y a plusieurs communes qui ne savent pas ce que c’est la violence. On est obligées d’aller les retrouver pour parler avec eux de la violence. Parce qu’au bureau on reçoit beaucoup de cas qui démontrent que les gens ne savent pas ce que c’est la violence. Parfois elles subissent la violence mais elles ne savent pas où aller. AFASDA représente un repère.»

    « C’est-à-dire qu’on est là pour les aider, les aider à se récupérer et s’il y a un malentendu avec leur partenaire on est obligées d’appeler le partenaire aussi. On lui envoie une lettre et puis quand les deux sont revenus au bureau on fait une médiation entre la dame et le partenaire. Après maintes reprises et puis ça va pour eux ils sont obligés de retenir. »

    Le contingent haïtien au Forum des féminismes noirs et le Forum de l’AWID 2016 a été composé de quelques membre de l’AFASDA, dont Cathy Elvariste et Myriam Dubuisson, qui ont animé une session intitulée « vers une coalition forte des associations des femmes au niveau des pays francophones des Caraïbes ». 

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    © AFASDA
    Cathie Elvariste et Myriam Dubuisson animent une session au Forum AWID 2016

    « Le dernier forum de l’AWID nous a offert des ouvertures et des opportunités et nous a aussi permis d’établir des contacts avec des activistes de différents pays. »

    « Nous espérons que le suivi du forum sera effectif, certaines actions seront entreprises et que tous les pays du monde s’engagent dans la lutte pour le respect intégral des droits de la femme.»

    [1]  Pour une narration soigneuse et nuancée du mouvement féministe haïtien, voir : Sanders, Grace Louise. “La voix des femmes: Haitian Women’s Rights, National Politics and Black Activism in Port-au-Prince and Montreal: 1934-1986”. 2013. 
    [2] Voir “Violence basée sur le genre, FNUAP, 2016.”
    [3] Pour une perspective sur l’état du mouvement féministe haïtien pendant les derniers 25 ans, consulter : Louis, Eunide. “Violences faites aux femmes en Hai%u0308ti : E%u0301tat des lieux et perspectives”. Haiti Perspectives. Vol. 2. no. 3. Automne 2013.

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