Plusieurs tendances sont préoccupantes. D'abord, si l'aide en faveur de l'éducation de base a augmenté en 2006 par rapport à l'année précédente, son niveau reste inférieur à celui de 2004. Ensuite, on constate que l'aide à l'éducation de base a progressé au même rythme que l'aide totale, signe que les donateurs, dans leur grande majorité, n'ont pas accordé une plus grande priorité à l'éducation de base dans leur soutien global. Troisièmement, selon les chiffres communiqués ce mois-ci par le Comité d’aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'aide totale au développement a chuté de 8,4 % en 2007, ce qui se traduira, vraisemblablement, par une nouvelle réduction de l'aide affectée à l'éducation de base.
« Nous jugeons encourageante la progression de l'aide à l'éducation observée en 2006 par rapport à 2005, mais restons préoccupés par le ralentissement général des engagements des donateurs à l'égard de l'éducation. Cela pourrait avoir de graves conséquences pour les progrès de l'éducation dans les pays à faible revenu », a déclaré Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO. « Ces pays ont besoin d'une aide suffisante et prévisible pour financer la rapide expansion de leurs systèmes éducatifs ».
Au total, l'aide accordée à l'éducation de base s'élevait en 2006 à 5 milliards de dollars, contre 3,7 milliards en 2005, soit un montant inférieur aux 5,3 milliards engagés en 2004. L'aide bilatérale à l'éducation de base est quant à elle passée de 2,7 milliards de dollars en 2005 à 3,9 milliards en 2006. Les engagements des agences multilatérales à l'égard de l'éducation de base, qui s’élèvent à 1,1 milliard de dollars, sont restés inchangés.
L'augmentation de l'aide à l'éducation de base notée en 2006 provient pour l'essentiel des efforts de deux bailleurs bilatéraux, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, qui ont mis, à eux deux, 1,3 milliard de dollars supplémentaires sur la table. Mais leur exemple devra être suivi par d'autres pour garantir une hausse plus soutenue de l'aide à l'éducation de base. Certains donateurs importants en matière d’éducation – comme l'Allemagne ou la France – utilisent la moitié de leur aide pour financer les études des étudiants étrangers dans leurs propres universités.
D'autres bailleurs tiennent mieux leurs promesses de soutien à l'éducation de base, mais leur volume d'aide reste insuffisant. Les États-Unis réservent les trois quarts de leur aide à l'éducation au niveau de base, mais l'éducation ne représente globalement que 2 % de leur aide totale au développement.
Selon les estimations du Rapport mondial de suivi de l'EPT 2008, environ 11 milliards de dollars sont nécessaires chaque année pour réaliser l'éducation pour tous dans les pays à faible revenu. Or, même si les promesses faites au Sommet du G8 de Gleneagles en 2005 sont tenues et que l'éducation de base conserve sa priorité actuelle, l'aide en faveur de l'éducation de base ne dépassera pas les 6 milliards de dollars EU en 2010.
Selon le Rapport, il suffirait pourtant que les donateurs bilatéraux consacrent à l'éducation de base au moins 10 % de leur aide sectorielle pour qu'on puisse espérer parvenir à 10 milliards de dollars en 2010. En 2006, seuls deux donateurs bilatéraux affectaient plus de 10 % de leur aide à l'éducation de base : les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande.
« Les donateurs ne sont pas sur la bonne voie pour tenir les engagements qu'ils ont pris en 2005 au Sommet du G8 de Gleaneagles », estime Kevin Watkins, directeur du Rapport mondial de suivi sur l'EPT. « Nous sommes face à un manque de ressources imminent qui met gravement en péril la réalisation des objectifs de développement humain, à moins d'un sursaut des donateurs ».
*Le Rapport mondial de suivi sur l'Éducation pour tous est préparé par une équipe indépendante et fait l'objet chaque année d'une publication conjointe de l'UNESCO et de la maison d'édition Oxford University Press.