Que faire de Kyoto ?

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Jean-Robert Sansfaçon
Édition du mardi 11 avril 2006

Mots clés : kyoto

D'ici quelques semaines, la ministre fédérale de l'Environnement, Mme Rona Ambrose, rendra public le plan de lutte contre les gaz à effet de serre (GES) que les conservateurs entendent substituer au plan libéral. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les conservateurs ne sont pas de chauds partisans de l'accord de Kyoto. Heureusement que la signature du Canada apparaît au bas du protocole. Reste à voir de quelle façon ils s'y prendront, eux, pour combattre le réchauffement de la planète.

Selon l'entente intervenue entre les pays, le Canada doit ramener ses émissions de GES à un niveau de 6 % inférieur à celui de 1990. Or, parce que rien n'a été fait entre-temps, les émissions de gaz ont grimpé de 24 % entre 1990 et 2002, année de ratification du protocole. Pire, selon des données de l'ONU, non officielles, que l'entourage de la ministre Ambrose se fait fort de divulguer, les émissions canadiennes se seraient encore accrues de 4 % depuis 2002. Pour les conservateurs, les cibles fixées par leurs prédécesseurs sont simplement inaccessibles.

Afin de respecter les engagements signés par Jean Chrétien, le Canada devrait prendre des mesures radicales pour renverser la vapeur. Ce que le plan libéral défendu par l'ex-ministre Stéphane Dion ne fait pas. En cela, les conservateurs ont raison: jamais le Canada n'atteindrait la cible avec un tel plan.

Au ministère de l'Environnement, on a reçu l'ordre de revoir tous les programmes de lutte contre les GES adoptés par les libéraux. Il y en a pour dix milliards. En campagne électorale, M. Harper a promis d'adopter des lois pour lutter contre la pollution, sans préciser lesquelles; il a promis d'encourager l'ajout d'éthanol à l'essence et de favoriser l'usage des transports en commun par une aide fiscale aux usagers.

Voilà qui n'est certainement pas suffisant non plus. Pas même pour ralentir la croissance des émissions de GES. Il faudrait beaucoup plus. Par exemple, fixer des objectifs de réduction de GES équivalant aux émissions rejetées dans l'air pour chaque grand groupe responsable. Ainsi, les producteurs de pétrole de l'Ouest, qui sont parmi les plus gros émetteurs, devraient accélérer la mise en place de nouvelles technologies pour l'extraction du pétrole ou se voir imposer des pénalités très lourdes. De même pour l'industrie de la transformation des métaux et pour les centrales thermiques de production d'énergie. Avec l'argent de ces pénalités, Ottawa pourrait réinvestir massivement dans le transport collectif et l'efficacité énergétique.

Parmi les programmes qui risquent de mourir, a-t-on appris, il y a Le défi une tonne qui s'adresse aux particuliers. Dans ce cas, les conservateurs doivent se rappeler qu'un gouvernement responsable a tout intérêt à impliquer les simples citoyens dans ses politiques. Avant de sabrer les programmes d'économie d'énergie qui s'adressent au commun des mortels, il vaut cent fois mieux oublier cette idée folle qui consiste à subventionner l'achat de crédits sur le marché mondial par les entreprises canadiennes qui n'auraient pas atteint leur cible. Si nous ne parvenons pas à combattre le réchauffement de l'atmosphère chez nous, comment peut-on croire que l'achat de crédits de pays qui y sont parvenus va régler notre problème?

Cela dit, il ne faut pas rêver en couleurs. Après tout, la probabilité est bien plus forte que les conservateurs de Stephen Harper profitent de leur opposition à Kyoto pour tirer le maximum d'économies de l'abolition des programmes libéraux, sans pour autant réinvestir dans la lutte contre les GES. Les paris sont ouverts!

j-rsansfacon@ledevoir.com


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