Revue Scientifique et Technique Forêt et Environnement du Bassin du Congo - Volume 9



  • EDITORIAL

    En Afrique du Centre et de l’Ouest, la couverture forestière est passée de 347 à 313 millions d’ha de 1990 à 2015. La superficie des forêts plantées est passée de 1,2 million d’ha en 1990 à 2,09 et 3,3 millions d’ha en 2010 et 2015 respectivement, soit un taux d’augmentation de 122% en 25 ans selon les statistiques de la FAO (2015). Les principaux moteurs encadrant ces plantations forestières massives sont d’une part, les cadres institutionnels et politiques incitatifs en réponse à la gestion forestière durable et aux engagements des pays face aux conventions internationales et d’autre part, la multiplicité des projets et programmes appuyés par la coopération multilatérale pour le développement de la foresterie communautaire et l’agroforesterie.

    Ces tendances de reboisement sont appelées à augmenter avec les nouveaux engagements issus des conférences des parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques (UNCCC) de Paris (2015) et de Bonn (2016). Par ailleurs, avec 42% des superficies plantées du continent, les plantations forestières de la région d’Afrique du Centre et de l’Ouest sont loin de satisfaire les besoins futurs en bois d’œuvre, bois énergie et autres produits forestiers ligneux et non ligneux dont dépendent quotidiennement les populations et l’économie des nations.Retour ligne automatique
    Le principal défi lié à l’expansion des plantations forestières est l’approvisionnement en semences dans un contexte où les semenciers s’amenuisent quotidiennement de suite de surexploitation, de déforestation et de gestion inappropriée. L’approche couramment utilisée pour le développement des plantations forestières implique l’identification des sources de semences, la sélection des meilleures provenances et des meilleurs arbres et le développement des techniques sylvicoles appropriées, avec très peu d’attentions accordées à la production et à la distribution des semences améliorées. Retour ligne automatique
    Parmi la centaine d’espèces forestières recensées dans les plantations, réserves, vergers à graines, essais de provenances et de descendance, les Eucalyptus, Teck et Acacia dominent largement en termes de superficies couvertes et de diversité comparée aux essences locales. Les raisons évoquées pour justifier ce déséquilibre sont : la disponibilité des sources de semences, la maîtrise de la sylviculture et l’adéquation du système d’approvisionnement. Pour les espèces locales, l’approvisionnement en semences se fait essentiellement à partir des forêts naturelles, elles même menacées par de multiples pressions. Cet approvisionnement est par ailleurs contraint par l’insuffisance de recherche, la rareté et la mauvaise gestion des vergers à graines, la surexploitation des semenciers, l’inadéquation des infrastructures et des équipements ainsi que l’insuffisance des connaissances pour la collecte, le test et la conservation des semences pour plusieurs espèces.

    Cinq pays de la région possèdent des structures spécialisées pour la gestion des semences forestières. Cependant, seuls le Centre National de Semences Forestières (CNSF) du Burkina Faso et le Programme National de Semences Forestières (PRONASEF) du Sénégal sont réellement opérationnels avec une capacité de huit à dix tonnes de semences par an et un catalogue d’environ 170 espèces pour le CNSF. Les trois autres centres sont soit en création (Niger), soit inactifs (Nigeria, Togo) à cause des sources de financement non durables, de la vétusté des équipements ou du manque de personnels qualifiés.

    Les marchés de semences sont faiblement développés et dominés par le secteur informel, les Organisations Non Gouvernementales (ONGs) et les Groupements Paysans. Les pépinières privées et communautaires d’arbres forestiers et fruitiers jouent un grand rôle dans l’approvisionnement en matériels de plantation pour les projets de reboisement forestier et agroforestier car les pépinières industrielles et semi-industrielles existent seulement au Burkina Faso et au Congo. La situation est aggravée par l’absence d’un système de certification des semences et des plantules et donc la difficulté à distinguer le matériel amélioré de celui non sélectionné ou sauvage.

    Pour de nombreux pays, il n’existe aucune politique en matière de semences forestières. Les responsabilités du développement du secteur semencier sont partagées entre plusieurs institutions sans mécanisme de coordination. Une telle coordination s’avère indispensable pour garantir le maintien de la qualité dans un système ou plusieurs parties prenantes sont impliquées dans la chaîne allant de la collecte jusqu’à la distribution des semences aux utilisateurs.

    Les programmes d’amélioration d’arbres et des semences existants dans la région exploitent insuffisamment les avancées scientifiques en biotechnologie à cause d’une faible capacité en ressources humaines qualifiées et des contraintes de financement des institutions de formation et de recherche en foresterie et agroforesterie. Les curricula en Technologie des semences restent très faiblement développés dans le système d’éducation secondaire et supérieur et lorsqu’ils existent, ils restent essentiellement orientés vers les semences agricoles.

    Il devient urgent de garantir la durabilité et la productivité des plantations forestières et agroforestières à travers l’amélioration de l’accessibilité, de la qualité et de la diversité des semences utilisées dans les programmes de reboisement. Le RIFFEAC (Réseau des Institutions de Formation Forestière et Environnementale d’Afrique Centrale), devra à court terme mettre sur pied un Groupe de Travail Thématique (GTT), pour concevoir des programmes harmonisés à enseigner dans toutes ses institutions membres. Il s’agira alors des modules de formation certifiante en « Technologie des Semences » à l’attention des professionnels privés et publics et d’un programme de formation en système semencier débouchant sur un diplôme de spécialité. Ceci permettra de résorber le défit de compétence actuellement observé en Afrique du Centre et de l’Ouest.

    Marie Louise AVANA TIENTCHEURetour ligne automatique
    PhD Plant BiotechnologistRetour ligne automatique
    Senior Lecturer, Department of ForestryRetour ligne automatique
    Faculty of Agronomy and Agricultural Sciences (FASA), University of Dschang, CameroonRetour ligne automatique
    Vice-chair of the Board, African Network of Agriculture, Agroforestry and Natural Resources Education (ANAFE)

    Lire sur le site du RIFFEAC

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