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L'Afrique de l'Est a besoin de secours immédiats et d'un plan de relèvement à long terme


Par Charlene Porter
Rédactrice

Washington - Les États-Unis, d'autres pays donateurs et la communauté de l'aide internationale intensifient depuis plusieurs semaines leurs interventions face à la famine, au flux de réfugiés et à la catastrophe humanitaire qui sévissent en Afrique de l'Est ; malgré cela, le danger n'est pas écarté et la région risque de sombrer dans une crise susceptible de durer des années et d'avoir des conséquences à long terme sur la population.

Cette situation était le point de mire de la sous-commission sénatoriale chargée des questions relatives à l'Afrique, devant laquelle ont témoigné le 3 août des responsables des initiatives humanitaires mises en ouvre par le gouvernement américain et des représentants d'importantes organisations non gouvernementales (ONG).

Lors de l'audition, le premier sous-secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines, Don Yamamoto, a déclaré que les États-Unis avaient fourni près de 70 millions de dollars au Kenya et à l'Éthiopie pour les aider à maintenir les camps de réfugiés. Washington, a-t-il indiqué, a déjà consacré au total quelque 470 millions de dollars aux initiatives humanitaires dans la région.

Les opérations d'aide sur le terrain ont été récemment élargies mais il n'est toujours pas possible d'atteindre certaines des populations les plus gravement touchées, l'accès étant entravé par les shebabs, le groupe qualifié d'organisation terroriste étrangère par les États-Unis, selon M. Yamamoto.

" Les shebabs continuent d'interdire l'accès aux travailleurs humanitaires, empêchant la communauté internationale d'intervenir face à la sécheresse qui sévit en Somalie méridionale et qui a entraîné la famine dont nous sommes témoins, a dit M. Yamamoto. Les États-Unis font pression sur toutes les parties au conflit afin qu'elles rétablissent un accès humanitaire sans entrave à toutes les régions de la Somalie. "

Témoignant tous de la gravité de la situation, les responsables ont aussi voulu faire l'éloge des gouvernements kényan et éthiopien qui ont ouvert leurs frontières aux centaines de milliers de réfugiés fuyant la Somalie et ont apporté leur concours aux opérations internationales visant à leur fournir des abris, des vivres et des soins.

Le Kenya a cédé du territoire pour l'installation du camp de Dadaab, le plus grand du monde avec presque 500.000 réfugiés et où d'autres continuent d'arriver. Le sous-secrétaire d'État adjoint à la population, aux réfugiés et à la migration, Reuben Brigety, a dit aux membres de la sous-commission qu'au début de 2011, environ 1.200 nouveaux réfugiés arrivaient chaque semaine au camp de Dadaab mais qu'il en arrivait maintenant de 1.200 à 1.300 par jour.

Le sénateur Johnny Isakson, de l'État de Géorgie, a souligné le mérite qui revenait au Kenya d'être venu en aide aux victimes de la sécheresse et de l'instabilité politique en Somalie qui avaient contribué à la crise humanitaire actuelle.

" Depuis deux décennies, le gouvernement et le peuple kényans manifestent un grand soutien et ils assument actuellement une part énorme du fardeau, a dit M. Isakson. Nous devons reconnaître et apprécier ce qu'ils font dans le cas présent. "

" Oui, vous avez raison et c'est ce que nous faisons ", a répondu M. Brigety qui a également exprimé son admiration au sujet de la récente décision du Kenya d'autoriser le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) à élargir le camp de Dadaab. Avec le soutien financier des États-Unis, le HCR s'occupe de la gestion du camp tandis que le Programme alimentaire mondial (PAM) fournit des vivres et les produits nutritionnels particuliers nécessaires aux réfugiés qui arrivent au camp souvent après avoir passé plusieurs jours presque sans nourriture.

M. Isakson a exprimé son appréciation pour l'empressement de l'Éthiopie à apporter son aide aux réfugiés somaliens.

Malgré les efforts accrus de la communauté internationale, les experts de la situation humanitaire n'ont offert qu'une vision sombre de l'avenir, prédisant que la catastrophe dans la Corne de l'Afrique irait en s'aggravant avec un nombre accru de décès au fur et à mesure que la population succomberait à la maladie et aux privations de longue date.

Les représentants des organisations non gouvernementales ont lancé un appel en faveur d'un plan durable qui aiderait la région non seulement à se redresser de la sécheresse de cette année mais aussi à briser le cycle de sécheresses et de mauvaises récoltes. Le directeur de la politique et de la promotion à l'ONG Mercy Corps, Jeremy Konyndyk, a souligné que l'Afrique de l'Est avait besoin d'une meilleure perspective de l'avenir. " Il nous faut maintenant investir non seulement dans des initiatives pour les trois prochains mois mais réfléchir à ce que nous devons faire dans les cinq ou dix prochaines années, et redonner aux populations locales la possibilité de reprendre et de gagner leur vie. "

Wouter Schaap, qui représente l'ONG CARE USA, a lui aussi exhorté les membres de la sous-commission à aider la région à se sortir des cycles de plus en plus fréquents de sécheresses causées par les changements climatiques. " Il y a beaucoup d'opérations entreprises par les ONG et d'autres entités dans ces régions dans les domaines de la santé animale, de la gestion des ressources et de la formation afin de diversifier les sources de revenus de la population, a indiqué M. Schaap. CARE travaille beaucoup au niveau des caisses d'épargne afin d'assurer la diversification des ressources financières et de permettre aux gens d'avoir quelques fonds durant une sécheresse. "

Outre le rôle de l'instabilité politique, de la violence et de la mauvaise gouvernance dans l'aggravation des conséquences de la sécheresse et des mauvaises récoltes en Somalie, un autre facteur est l'absence de planification favorisant un développement durable. " Le genre de programmes financés par le gouvernement des États-Unis et mis en ouvre par le biais de leurs partenaires en Éthiopie et au Kenya sont l'une des raisons les plus importantes qui font que la sécheresse n'y a pas d'effets aussi graves qu'en Somalie. "

Les délégués des ONG ont tous exhorté les sénateurs à prendre conscience de la nature urgente de la catastrophe humanitaire dans la Corne de l'Afrique et à continuer à financer les secours nécessaires tant à court qu'à long termes.

Les articles du site "IIP Digital" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. 



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