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ONU : Forger des alliances pour parvenir à l'égalité des sexes et autonomiser les femmes et les filles en milieu rural


Au deuxième jour de sa session annuelle, la Commission de la condition de la femme, organe subsidiaire du Conseil économique et social (ECOSOC), a tenu deux tables rondes ministérielles en parallèle du débat général.  La discussion du matin a donné la parole à une quarantaine de représentants de gouvernements et de la société civile qui ont présenté des exemples d’alliances devant servir de tremplin pour l’autonomisation de la femme rurale. 

Dans l’après-midi, des ministres et hauts représentants de gouvernements, ainsi que des délégués d’organisations non gouvernementales (ONG) ont participé à une table ronde sur l’accélération de la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, afin de parvenir à des résultats concrets d’ici à 2020.

Au sujet des alliances recensées le matin, les intervenants ont souligné qu’ils peuvent impliquer des acteurs de divers ordres: gouvernements, organisations de la société civile, entreprises du secteur privé et organisations internationales.

Les alliances sont d’abord possibles au sein même des gouvernements, ont noté des orateurs au rang desquels la représentante de la Somalie qui a déclaré que ce pays touché par un long conflit armé avait mis en place un point focal pour les questions de genre dans chaque département ministériel. 

Les gouvernements œuvrent également en lien avec les entreprises privées dans l’optique de favoriser l’essor des femmes rurales.  C’est le cas en Hongrie où 70 centres d’emploi perçoivent chacun 750 000 euros par an de l’État afin de faciliter la mise en relation des talents des femmes rurales avec les offres d’emploi du secteur privé. 

De nombreux intervenants ont également mentionné des cas d’alliances entre gouvernements et acteurs extérieurs au pays, notamment dans le cadre de la coopération bilatérale avec d’autres gouvernements ou entre un gouvernement et des organisations internationales.    

« Nous avons octroyé 15 millions d’euros au Sénégal pour renforcer la productivité de ses femmes rurales », s’est enorgueillie la déléguée de l’Italie, tandis que le Commissaire de l’Union européenne à la coopération internationale et au développement a mentionné les 8,5 milliards d’euros dépensés pour financer un projet similaire dans une soixantaine de pays, dans le but de soutenir l’agriculture et la sécurité alimentaire. 

La Ministre de la femme de la République dominicaine a parlé d’un programme conjoint des pays de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) destiné à autonomiser les femmes rurales.  Ces projets visent, entre autres, à renforcer la conscience écologique des agricultrices par le biais de projets menés en commun par le Ministère de l’agriculture et celui de l’environnement. 

Au sein même de la société civile, les alliances sont aussi de mise, ainsi qu’entre femmes.  « Il faut que les femmes créent plus d’alliances entre elles afin de tirer parti des avantages du réseautage que les hommes ont toujours su exploiter », a prescrit la Ministre de la femme du Gouvernement du Québec (Canada).  Elle a en outre magnifié les alliances entre hommes et femmes, afin par exemple de se partager au mieux les congés parentaux qui s’étalent sur deux ans dans son pays.  La Ministre de la famille et des affaires sociales de la Finlande a de son côté encouragé le partage des tâches ménagères et de la prise en charge des enfants entre les deux sexes. 

Saluant ces alliances multipartites initiées par les gouvernements, la représentante de l’ONG « Asian-Pacific Resource and Research Centre for Women » a toutefois mis en garde contre les tentatives de diluer le combat des femmes rurales dans des « alliances de façade ».  Elle a donc prôné la mise en place de « vrais espaces sûrs d’expression des femmes rurales ».    

Au cours du dialogue interactif de haut niveau de l’après-midi, les femmes ont salué les avancées de leur condition tout en marquant leur impatience dans de nombreux domaines recensés par la Déclaration et le Programme d’action de Beijing adoptés à l’issue de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes en 1995.  « Nous avons toutes le même adversaire, l’inaction.  2020, c’est dans 720 jours, alors demandons-nous de quoi et de qui nous avons peur », a notamment déclaré Mme Michaëlle Jean, la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). 

Vingt-trois ans après Beijing, les femmes gagnent moins que les hommes et sont plus susceptibles d’occuper des emplois peu qualifiés.  Plus d’un tiers des femmes dans le monde ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie, et les femmes agricultrices sont loin de bénéficier des mêmes droits d’accès, de gestion et de propriété de la terre que les hommes.

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