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Congo : du charbon aux poules pondeuses, à Kamou


Lors de la résurgence de la guerre du Pool, au Congo-Brazzaville, entre avril 2016 et décembre 2017, les populations de Kamou, dans le district de Mindouli, ont beaucoup perdu. L’agriculture, comme l’élevage, est moribonde et la plupart des habitantes se sont tournées vers la production de charbon de bois, aux impacts sanitaires et environnementaux très négatifs. 

Pour tenter d’inverser cette tendance, l’Association des Jeunes Congolais dans l’Esprit d’Entreprise, l’AJCEE, a ainsi lancé, en mai 2019 , un projet de conversion des femmes productrices de charbon en éleveuses de poules pondeuses. 

« Quand les mamans sont sorties de la guerre, elles ont passé presque deux ans dans la forêt », raconte Rufin Kinanga, responsable du projet. « Quand elles sont revenues dans leurs villages, elles n’ont reçu aucune aide. Étant déjà agricultrices, elles se sont dit qu’il fallait planter, comme elles étaient déjà agricultrices. Mais il fallait attendre six mois, un an pour la récolte. D’autres n’avaient plus de maison, d’aucun des habits. Elles se sont adonnées à la production des charbons de bois. En trois, quatre jours voire une semaine, elles peuvent produire un sac de charbon de bois, vendu entre 4000 et 6000 FCFA à Brazzaville. Elles ont alors laissé carrément leurs projets agricoles pour se lancer dans la production du charbon de bois. Nous avons voulu convertir ces femmes en éleveuses. »

Le projet est en partie financé par l'Institut de la Francophonie pour le développement durable, à hauteur de 9700 euros.

Une ferme-modèle a vu le jour, comprenant des poules pondeuses en semi-liberté qui produisent poussins et œufs. Le lieu permet  aussi de sensibiliser  la communauté aux dégâts environnementaux et sanitaires causés par l’activité de production de charbon de bois.

90 femmes ont bénéficié et continue de bénéficier directement de cet enseignement.

 « Quand nous commençons avec la formation, elles sont là comme observatrices pour d’abord se familiariser avec les poules », poursuit Rufin Kinanga. « Elles regardent comment je les fais manger, comment je nettoie les mangeoires, comment on peut changer de l’eau. Avec les poules traditionnelles, les parents n’ont pas l’habitude de donner l’eau aux poules. Avec le nombre de nos poules qu’on a, les femmes sont surprises parce que chaque jour, les poules consomment jusqu’à 50 litres d’eau »,. 

Loumouamou Niagui , une bénéficiaire, témoigne : «Depuis que nous avons reçu ces poules pondeuses de la ferme nous sommes très contentes, nous attendons qu’elles nous donnent les œufs et après nous allons les vendre. Nous aurons ainsi une source de revenus et n’aurons plus besoin de continuer dans la production du charbon de bois ». 

L’idée est qu’au bout de quelques mois, chaque femme ayant reçu 10 poules et un coq soit capable de rendre la même quantité au projet, afin que cela puisse servir à d’autres personnes à l’avenir. 

Toutefois, c’est la première initiative du genre conduite par l’association et le projet rencontre quelques difficultés. 

 « Le grand problème c’est nourrir les poules, une poule consomme 100 grammes d’aliment par jour », détaille Rufin Kinanga. « Imaginons si nous avons un cheptel de mille, nous avons plus de douze kilos par jour, donc quand on prend le sac au prix actuel de 12500, 13000 frs CFA dans une journée, il consomme presque le sac. » Emilienne Bazolo, l’une des bénéficiaires, ajoute : «  Un autre souci, c’est l’eau que les poussins boivent. On la prend très loin du village, à 5 km d’ici. Dans le village il n’y a pas de bonne source d’eau. Si tu bois l’eau du village, tu souffriras de la diarrhée. »

Malgré les obstacles, et même si les femmes sont loin d’avoir abandonné la production et la vente de charbon de bois, la motivation est encore bien présente selon l’association, qui a su prendre des initiatives. 

Ce projet contribue a%u0300 l’atteinte de l’objectif 5 des 17 objectifs du  Programme de développement durable à l’horizon 2030 : « Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ».

L’Association des Jeunes Congolais dans l’Esprit d’Entreprise ( AJCEE) a été créée en 2005. 

Elle a pour objectif de promouvoir un esprit d’entrepreneuriat social auprès des jeunes par la formation, contribuer à l’amélioration des conditions socio-économiques, culturelles et  d’hygiène des populations. 

[MOGED]

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