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Le gouvernement souhaite créer davantage de " forêts artificielles "



  • Trois groupes environnementaux lèvent un drapeau rouge aujourd’hui quant à l’intention du gouvernement d’augmenter de manière drastique la quantité de bois produite au Québec, et de désigner le quart des forêts publiques comme Aires d’Intensification de la Production Ligneuse (AIPL). La Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), l’Action Boréale et Greenpeace Canada unissent leur voix alors que le gouvernement a lancé une consultation pour sa Stratégie nationale de production de bois en juin dernier, qui se tient sur internet uniquement.

    Les groupes soulignent un manque d’équilibre entre les forêts ainsi vouées à maximiser la production de bois et celles qui seraient protégées, considérant qu’à peine 10% du territoire terrestre québécois est protégé à l’heure actuelle.

    Un processus mal encadré

    Les groupes s’inquiètent notamment du manque de balises entourant la proposition de désigner 25% d’AIPL sur le territoire forestier, soit des zones où la priorité sera accordée à l’exploitation forestière intensive dans le but de maximiser la production de bois.

    « Désigner des AIPL, c’est un changement de vocation du territoire important qui nécessite au préalable des précisions sur le processus de mise en place, sur les parties impliquées et sur la proportion relative des forêts ainsi transformées. Si ça prend plusieurs années pour protéger un territoire, il devrait y avoir la même rigueur pour l’établissement de zones dédiées à la foresterie intensive », souligne Pier-Olivier Boudreault, biologiste en conservation à la SNAP Québec.

    En effet, les groupes considèrent qu’au même titre que la désignation d’aires protégées, la désignation d’AIPL devrait faire l’objet de consultations spécifiques auprès des Premières Nations, de consultations publiques du BAPE, d’un droit de regard du Ministère de l’Environnement et être précédée d’une analyse exhaustive comprenant toutes les composantes des territoires ciblées.

    La rentabilité remise en question

    La désignation d’AIPL signifie que certains territoires feraient l’objet de plantations intensives ou de traitements forestiers particuliers pour maximiser le bois éventuellement récolté dans plusieurs décennies. Ces mesures représentent des investissements importants réalisés par l’État québécois, donc par tous les contribuables.

    « Ce gouvernement semble se contenter de vendre nos forêts publiques sans pour autant être capable de démontrer les retombées économiques de ses activités, dont les AIPL telles que présentées. Cette stratégie artificialiserait un quart de nos forêts, tout en omettant la demande actuelle et grandissante des marchés pour des produits éco-responsables – ces derniers assurent une protection de la biodiversité et des droits autochtones », avance Olivier Kolmel, chargé de la campagne forêt pour Greenpeace Canada.

    Les groupes considèrent que le gouvernement devrait davantage mettre l’emphase sur les éléments de la Stratégie nationale de production de bois qui visent à diversifier l’économie des produits forestiers au Québec et le développement de la demande locale.

    Revoir ses méthodes de consultation

    Les groupes soulignent finalement que le processus de consultation pour la Stratégie nationale de production de bois est inadéquat puisqu’il n’inclut pas de consultations spécifiques pour les peuples autochtones du Québec, malgré un engagement en ce sens dans la Stratégie d’Aménagement Durable des Forêts.

    « Profitant de la période estivale et à la veille des élections, sans consultations adéquates, le MFFP tente de changer le statut de 25% de nos forêts publiques en territoires consacrés prioritairement à produire des arbres à 2X4. Cela se fera au détriment de la biodiversité de ces territoires, diminuant ainsi substantiellement les autres potentiels d’utilisation : chasse, trappe, petits fruits et l’utilisation faites par les Premières Nations. Pas étonnant que le MFFP s’ingénue à mettre régulièrement des bâtons dans les roues à la création des projets d’aires protégées », accuse Henri Jacob, président de l’Action Boréale.

    Les groupes entendent tous soumettre leurs commentaires dans le cadre de la consultation qui se tient jusqu’au 6 août et invitent les organismes et les personnes qui se sentent concernées à en faire de même.

    N.B.

    • Au cours de la dernière année, plus d’une vingtaine d’entreprises qui s’approvisionnent des produits de la forêt boréale ont fait appel au premier ministre du Québec et ses homologues afin d’assurer la protection du caribou forestier et de son habitat.  Ensemble, ces entreprises ont une capitalisation boursière de plus de 600 milliards de dollars. Vous trouverez une copie des lettres (en anglais) ici et ici.
    • Selon les données 2015-2016 du MFFP, prêt d’un quart du volume de bois potentiel annuellement n’a pas été récolté. Une tendance continue au fil des années.
    • Sous la Convention sur la Diversité Biologique, le Québec s’est engagé à protéger 17% du territoire terrestre d’ici 2020. À l’heure actuelle, les aires protégées au Québec ne représentent que 10,2% de l’ensemble du territoire terrestre. Cliquez ici pour consulter le récent rapport de la SNAP sur le sujet.

    Lire la consultation sur la Stratégie nationale de production de bois

    Source : SNAP Québec, Action Boréale, Greenpeace Canada

    Crédit photo : Felix Mittermeier sur Pexels

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