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Haïti, peut-elle se concevoir sans le vaudou, se demande le professeur Matsua



  • Haïti, peut-elle se concevoir sans le vaudou, se demande le professeur Matsua

    mardi 4 juillet 2006



    En Haïti, la situation des vodouisants n’est pas différente de celle des Haïtiens vivant en milieu rural et qui sont considérés comme des paysans et non des citoyens haïtiens. L’anthropologue et professeur d’université Grégoire Dienguelé Matsua croit qu’il est temps de rompre avec la dichotomie ville/campagne, paysan/citadin, qui, selon lui, déchire le tissu social haïtien !



    Par Djems Olivier

    P-au-P, 4 Juil. 06 [AlterPresse] --- Le professeur Grégoire Dienguelé Matsua dénonce l’exclusion dont est victime, selon lui, la culture vaudou, au sein de la société haïtienne.

    Matsua, spécialiste du vaudou haitien, s’exprimait le 2 juillet 2006, à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’État d’Haiti (UEH), durant une conférence-débat. Cette activité s’inscrivait dans le cadre d’un cours de Sociologie de la Religion.

    Pour le chercheur, qui enseigne à la Faculté d’Ethnologie de l’UEH, l’État est le principal responsable de d’exclusion du vaudou. « Il y a un mariage entre les citadins et l’État, parce que ce dernier reste concentré à Port-au-Prince », affirme-t-il.

    « Le vaudou propose de nouveaux modèles de société. Il n’est pas opposé à l’innovation, à l’invention, à la nouveauté », déclare le docteur Matsua, qui se demande si « la société haïtienne peut se concevoir sans le vaudou » et vice versa.

    Le professeur estime que le vaudou, considéré comme une « richesse culturelle », représente « un creuset » pour le peuple d’Haïti. « C’est le support de la manifestation de l’intelligence humaine dans le temps », dit-il.

    Expliquant le système vaudou à ses étudiants, l’anthropologue explique qu’il est bati sur une relation triangulaire entre l’homme, le loa et la terre. Le vaudo « n’est ni l’un ni l’autre, mais la combinaison de ces trois éléments ».

    Le vaudou rassemble aussi les pratiques de « 21 nations » africaines, identifiées à travers 21 façons de s’exprimer. Ces langues sont à l’origine du Créole haïtien, précise-t-il.

    Au plan historique, Dienguelé Matsua présente le vaudou comme « le témoin de l’existence du marronnage » et non « un instrument de marronnage ».

    Il ajoute que le vaudou constitue un socle de l’ « haïtiannité » et prône la tolérance, non la persécution.

    D’autres pays qui ont connu la colonisation expérimente des pratiques semblables, notamment, le Brésil, avec le Candomblé.

    Cependant, « au Brésil, les adeptes du candomblé peuvent facilement s’exprimer. Par contre, chez nous en Haïti, si la police surprend une personne en train d’allumer des chandelles en plein midi dans un carrefour, elle sera pourchassée », souligne l’anthropologue.

    Pour le chercheur, une contradiction traverse la société haitienne par rapport au vaudou. « Pour les protestants, le vaudou est le reflet du mal », dit-il. Pourtant, ajoute-t-il, le vaudou est présent dans les cérémonies ecclésiales à travers les rythmes musicaux exécutés au tambour, etc.

    Le professeur Dienguelé Matsua attire l’attention sur « l’attitude hypocrite » des autorités vis-à-vis du vaudou. Selon une vieille tradition établie dans le pays depuis la signature du concordat de 1960 entre l’État et le Vatican, le nouveau président de la République doit toujours assister à un Te Deum à la Cathédrale de Port-au-Prince le jour de sa prestation de serment.

    « Les vodouisants attendent la visite du président René Préval dans les péristyles pour qu’il soit leur président », martèle le professeur Dienguelé, estimant qu’« il y a dans ce pays une crise identitaire à problématiser ».

    Durant cet été, les débats sur le vaudou haïtien se sont multipliés. Participant au 4e forum transculturel d’art contemporain, dont Haïti était l’hôte du 15 au 30 juin 2006, la Psychothérapeute française Mireille Ain relevait la nécessité de diffuser les grandes valeurs du vaudou.

    Elle déclarait à l’agence AlterPresse que « le vaudou c’est une explication du monde, une architecture du monde, c’est une sagesse, c’est le partage et la tranquillité intérieure ». [do gp apr 03/07/2006 00:15]
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