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Pour une approche pragmatique



  • Dans la dernière parution de la revue des Annales des Mines avec leur série sur la Responsabilité et l'environnement (n°93, 2019), Fabrice Dambrine, président de section au Conseil régional de l’économie, introduit l'ouvrage en exposant la nécessité de clarifier ce que nous entendons par « transition énergétique ». Il cite le Larousse en définissant la transition comme le passage d'un état à un autre état. Pourtant universelle, cette définition n'arrive pas à unifier les différentes politiques des pays, d'abord à une échelle nationale, ensuite à une échelle internationale. Il insiste sur le besoin de cohérence entre les différentes politiques pour les prochaines années, notamment « dans le domaine de l'électricité où les investissements relèvent bien plus qu'ailleurs du temps long ».

    Une cohérence d'abord nationale

    M. Dambrine analyse la situation française. Trois importants piliers soutiennent la politique énergétique du pays : 1) « la sécurité d'approvisionnement énergétique », 2) « la réduction du coût de de l'approvisionnement énergétique par les ménages et les entreprises », 3) « la protection de l'environnement et de la santé en mettant l'accent sur les dérèglements climatiques » (Dambrine, 2019).

    Chacun de ces piliers supposent des objectifs différents et parfois inconciliables, comme le démontre ce dilemme : choisir entre émettre moins de CO2 ou réduire la part d'énergie nucléaire dans l'énergie mix. Une énergie mix est un mélange de deux apports énergétiques différents. Qu'est-ce que suppose ce dilemme ? Qu'on ne peut pas se passer complètement de l'énergie nucléaire, ni des combustibles fossiles. En effet, la demande du particulier en électricité s'évalue non pas en énergie, mais en puissance. La puissance exprime le transfert d'énergie en un temps donné, alors que l'énergie exprime une quantité de travail fournit.

    En d'autres termes, ce qui intéresse le particulier, c'est d'obtenir de l'électricité dès lors qu'il le souhaite. Et la réalisation de ce souhait suppose une hiérarchisation entre les différents modes de production. En effet, les centrales pilotables, c'est-à-dire les centrales thermiques qui fonctionnent soit aux combustibles fossiles (mais qui produisent du CO2) , soit à l'énergie nucléaire (mais qui produisent des déchets radioactifs), répondent plus efficacement à ce besoin d’instantanéité que les centrales intermittentes qui fonctionnent avec des éoliennes ou au photovoltaïque. Il faut alors imaginer une balance : si l'on souhaite réduire l'utilisation des centrales pilotables tout en continuant à transmettre instantanément l'électricité, l'utilisation atténuée d'un type de centrale pilotable conduit à l'utilisation d'un autre type de centrale pilotable.

    Une cohérence internationale

    La transition énergétique, notamment électrique, doit donc répondre à trois enjeux : le premier étant la réduction du CO2, le second étant de répondre à la demande mondiale d'électricité liée à l'augmentation démographique des prochaines années, le troisième étant de « ne pas créer des distorsions qui affaibliraient la compétitivité des entreprises [françaises] », cas qui s'applique évidemment aux autres pays. Avec pragmatisme, Dambrine affirme donc que l'urgence climatique révèle aussi l'urgence de « rétablir un vrai marché du carbone qui ne soit pas impacté par d’autres politiques qui en remettent en cause le fonctionnement, puis de l’étendre aux pays avec lesquels [la France est] en concurrence ».

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