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Massacre à la tronçonneuse dans le Parc National de Marojejy (Région SAVA, Madagascar)



  • Profitant de la crise politique qui fait rage, en ce moment à Madagascar, des étrangers, appuyés par des milices armées et avec la complicité de riches collecteurs de bois locaux dépouillent actuellement les forêts du Parc National de Marojejy.

    En effet, l'attention générale, en particulier celle des autorités publiques est détournée de Marojejy (quant aux autorités locales, elles ferment les yeux, corruption à la clé), massif à la biodiversité très riche, située dans une région reculée, isolée par l'absence sinon la précarité des routes.

    Aggravant le pillage, le Parc National de Marojejy a dû être temporairement fermé au tourisme suite à la violence de la crise et à l'insécurité qu'elle génère dans tout Madagascar. Cela affaiblit considérablement la protection des ressources naturelles du parc, qui attirent les convoitises.

    La ressource qui fait l'objet d'infâmes pillages est le bois de rose, bois précieux poussant depuis des centaines d'années dans cette partie de la SAVA. La destruction est massive : plus de 175 containers de vieux bois de rose, multicentenaires, ont déjà été volés au Parc et acheminés jusqu'au port de Vohémar, pour exportation par cargo. A ce rythme, il ne restera très bientôt plus grand-chose du parc, d'autant plus que les braconniers en profitent également pour tuer massivement les lémuriens " propithèques soyeux ", endémiques de la réserve et classés dans la catégorie des espèces " très menacés ".

    Ajoutée à cela, la terreur règne parmi les habitants des villages aux alentours du parc, car les pilleurs, armés de fusils et de coupe-coupe, menacent tous ceux qui se dressent contre eux : les habitants qui osent exprimer leur désaccord, le directeur du parc et son personnel, en particulier les gardes forestiers qui craignant pour leur vie n'osent plus rien faire. Pour ceux qui n'ont aucun problème de conscience face à ce pillage, par contre, le trafic est ouvert : les pilleurs veulent exporter le plus de bois possible et doivent faire vite, le temps que dure la crise. Ils incitent donc les gens, les jeunes surtout, à venir couper le bois de rose et les leur achète " à bon prix ". Nombreux sont ceux qui ainsi, ont choisi de se faire de l'argent rapidement et facilement, car après tout " ces arbres ne nous appartiennent pas, ils ne nous rapportent rien en étant sauvegardés, ils ne donnent même pas de fruits ! Autant les couper pour qu'on ait un peu d'argent ! ". Les villages autour de Marojejy sont ainsi divisés. Les habitants vont jusqu'à s'affronter, crise à l'intérieur de la crise. Il est à craindre que le caractère lucratif de ce trafic ait raison des derniers récalcitrants, et que la destruction s'accélère jusqu'à extinction du bois de rose à Marojejy.

    La question est : que font les autorités ? Mais au fait, QUI sont les autorités, dans cette situation ou la lutte pour le pouvoir politique à Madagascar est amorcée sans qu'il ne soit encore clairement défini qui l'emportera ?

    Ce problème, nous le constatons tous, se situe à plusieurs niveaux : politique, économique, environnemental... Mais selon moi, il est surtout social, et c'est par là qu'il faut commencer. Des étrangers ont réussi très aisément à entraîner des malgaches vers leur propre perte, même inconsciemment. Je propose que d'autres étrangers viennent leur ouvrir les yeux sur la valeur de ce qu'ils détruisent. Car, à Madagascar et surtout dans cette partie nord de l'île, la quasi-vénération de l'étranger est très palpable. C'est une réalité qu'il faut exprimer car si c'est là une faiblesse que l'on peut espérer transformer en force. Pour moi, il serait plus crédible que les organisations internationales (UNESCO, PNUE, KFW, WWF, Conservation International, etc.) essaient de convaincre les villages voisins du parc de cesser ou faire cesser ce massacre, ou encore de faire pression auprès du " gouvernement de transition " qui a pris place depuis peu.

    Le PN de Marojejy a été classé " Patrimoine Mondial " par l'UNESCO, en juillet 2007 et de nombreuses organisations internationales ont travaillé à la conservation de ce petit coin de paradis depuis plus de 30 ans. Nous en appelons à eux, n'abandonnez pas Marojejy, notre poids est nul, mais si vous décidez de tenter quelque chose, sachez que des jeunes veulent aider.

    Lynda Hubert TA

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