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Forêt d'Ampanihy : restaurer la forêt et la mémoire



  • Sur la côte est de l’île de Sainte-Marie à Madagascar, le projet GDZCOI a octroyé une subvention à une initiative de restauration forestière. Gestion de cet écosystème fragile et préservation des savoirs traditionnels sont au cœur de ce projet porté par Augustin.

     

    Forêt d’Ampanihy : restaurer la forêt et la mémoire

     

    La forêt d’Ampanihy se mérite. Pour y arriver, il faut traverser la lagune bordée d’une épaisse mangrove. L’air est lourd, le ciel bas. La pirogue, ou lakana creusé d’un seul tenant dans un tronc d’arbre, glisse doucement sur l’eau saumâtre. Tout est calme. Seul le plongeon régulier des pagaies dans l’eau perturbe le silence qui règne. Point de forêt. Partout autour, il n’y a que mangroves. « La forêt est là-bas », rassure Augustin en pointant du doigt la frange verte des palétuviers.

    Le lakana fonce tout droit vers l’entrelac de racines. Fausse frayeur, il y a un passage. C’est là qu’on quitte la pirogue : à une cinquantaine de mètres, en effet, un bosquet domine une pente douce. Bruyères et buissons dominent. C’est l’entrée de la forêt côtière d’Ampanihy. On entend, bruit sourd incessant, le grondement des vagues de la côte est de Sainte-Marie.

    Augustin, pieds nus, a la cadence rapide. Premier arrêt avant d’entrer dans la vraie forêt aux arbres hauts, au tapis de feuilles et de mousses, et à l’odeur terreuse. Augustin, dont la famille, dit-il, est originaire de la côte ouest de Madagascar – à l’exact opposé de Sainte-Marie – montre un premier panneau. Celui-ci, installé grâce à la subvention du projet de Gestion durable des zones côtières de la Commission de l’océan Indien (GDZCOI) sur financement du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) recense les plantes des alentours immédiats. Les affichettes expliquent aussi les usages : combattre les douleurs intestinales pour les femmes, soulager la fatigue musculaire des hommes, atténuer les effets physiques d’un accouchement… En ce 8 mars, journée internationale de la femme, cette dichotomie des traitements basée sur les sexes ne fait pas recette.

    Le chemin qui pénètre la forêt se fait plus étroit. Notre guide a l’œil et prévient des risques : ici un nid de guêpes, là une fourmilière, plus loin des feuilles aux épines acérées.

    La forêt sèche d’Ampanihy s’étire sur des dizaines d’hectares entre mangroves et océan. Une partie seulement est conservée et restaurée par Augustin et ses acolytes. Conscients de l’importance de cette zone, ils ont pris le parti de la protéger de la déforestation, de prélever des jeunes pousses endémiques et de les faire grandir pour ensuite les réintroduire dans la forêt.

    Patiemment, ils restaurent l’écosystème et plantent des espèces endémiques avec le soutien des communautés locales et plus particulièrement des enfants afin de les sensibiliser à l’environnement et à l’importance de cet écosystème. En prime, ils sélectionnent des essences aux vertus médicinales avec, comme projet, la création d’un petit jardin dédié.

    La subvention du projet GDZCOI leur a également permis de créer une pépinière, au milieu de cette forêt où le roulement des vagues n’est plus perceptible. Sur le trajet qui conduit jusqu’à la pépinière, plusieurs panneaux, comme le premier planté au milieu des bruyères, présentent les essences et leurs vertus. C’est aussi le savoir traditionnel qui est préservé. C’est pourquoi le projet GDZCOI, soucieux de préserver l’environnement autant que les traditions, a choisi d’accompagner cette belle initiative avec le soutien technique du GRET sur le terrain. La finalité n’est pas qu’écologique : Augustin et ses collègues sensibilisent les communautés avoisinantes et créent la base d’une activité écotouristique respectueuse de l’environnement et des savoirs traditionnels.

     

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