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Pour son édition 2018, le Forum politique de haut niveau pour le développement durable de l'ECOSOC commence par examiner les progrès et les retards



  • La Réunion du Forum politique de haut niveau pour le développement durable organisée sous les auspices du Conseil économique et social (ECOSOC), dont les travaux se dérouleront sur huit journées, a ouvert ses portes ce matin sur des appels à éliminer les obstacles qui entravent la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Elle s’achèvera le 19 juillet par l’adoption d’une déclaration ministérielle. 

    Les progrès dans la mise en œuvre du Programme 2030, les données, l’eau et l’assainissement, telles étaient les questions examinées aujourd’hui au cours de trois tables rondes.

    La Présidente de l’ECOSOC, Mme Marie Chatardová, a annoncé la venue d’au moins 80 ministres et vice-ministres, ainsi que 2 500 acteurs non étatiques participant aux séances officielles comme aux manifestations parallèles pour lesquelles le Forum a reçu 600 demandes.  « La présence de tous ces participants montre le rôle fédérateur des objectifs de développement durable. »

    Si l’on veut transformer le monde, il faut mobiliser les communautés, les organisations, les entreprises et les populations, a, de fait, reconnu Mme Chatardová en faisant le lien avec le thème du Forum cette année: « Transformer nos sociétés pour les rendre viables et résilientes. »

    Les discours d’ouverture ont souligné les progrès réalisés depuis 2015, année de naissance des objectifs de développement durable.  D’après le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, M. Liu Zhenmin, les États Membres ont travaillé d’arrache-pied pour traduire cette « vision transformative » du monde en « résultats concrets ».  La proportion des ménages vivant en dessous du seuil d’extrême pauvreté, notamment, a diminué de manière significative, passant de 27% en 2000 à 9% en 2017.  De plus, la mortalité maternelle s’est beaucoup réduite depuis 2000, notamment en Afrique subsaharienne où elle a diminué de 35%.

    Mais les intervenants, comme le Secrétaire général dans son rapport*, ont prévenu qu’il reste du chemin à faire.  La faim, par exemple, a augmenté récemment pour la première fois en 10 ans.  M. Liu a déploré que 38 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire se soient ajoutées aux 815 millions comptabilisées en 2015.  En outre, 3 personnes sur 10 n’ont pas accès à une eau sûre, 892 millions de personnes pas accès à des toilettes et 4 enfants sur 10 souffrent de diarrhée en Afrique subsaharienne.  Ce qui a fait dire aux participants à la table ronde de l’après-midi qu’il fallait s’attaquer à cette crise hydrique et en parler davantage à l’ONU.  « Trois heures tous les quatre ans », ce n’est pas assez, a déclaré la déléguée de la France. 

    Mesurer les progrès et les retards est considéré comme un élément crucial de la réalisation du Programme 2030, raison pour laquelle M. Liu a insisté sur le renforcement des données et des systèmes statistiques en constatant des progrès trop lents depuis 2015.  Un propos tempéré par le Chef de la Commission statistique des Nations Unies et Statisticien en chef du Kenya, M. Zachary Chege, pour qui on se précipite un peu trop en mesurant déjà les progrès dans la réalisation des objectifs au lieu de se focaliser d’abord sur leur mise en œuvre.

    De toutes les façons, il faudra une quantité énorme de données aux niveaux national et mondial pour évaluer le niveau de réalisation des objectifs, a prévenu la statisticienne en chef des États-Unis, Mme Nancy Potok.  Quantité et qualité obligent, la cofondatrice d’Open Data Watch, Mme Shaida Badiee, a chiffré à 200 millions de dollars par an les besoins de financement pour garantir la collecte de données fiables dans le monde.

    Pour sa part, M. Alex Steffen, cofondateur du magazine en ligne www.worldchanging.com, a plaidé pour remplacer l’économie du passé par une nouvelle économie qui permettra la réalisation des objectifs de développement durable.  Une économie où les entreprises payent des compensations lorsqu’elles nuisent au développement durable, a prôné l’Envoyée spéciale du Secrétaire général sur le handicap et l’accessibilité, Mme María Soledad Cisternas Reyes.  Une économie où les entreprises pollueuses soient redevables d’une taxe carbone, a renchéri M. Jeffrey Sachs, Directeur du Centre pour le développement durable de Columbia University.

    M. Sachs a jeté la pierre en particulier sur les industries, notamment pétrolière, qui défendent des intérêts particuliers.  Il a aussi lancé un appel aux 2 208 milliardaires que compte le monde pour qu’ils consacrent seulement 1% de leur fortune au développement.  « J’appelle M. Mark Zuckerberg à investir personnellement dans ces objectifs », a lancé M. Sachs.

    Pendant cette session, les six objectifs suivants se verront consacrer chacun une séance entière: Eau propre et assainissement (6), Énergie propre et d’un coût abordable (7), Villes et communautés durales (11), Consommation et production responsables (12), Vie terrestre (15) et Partenariats pour la réalisation des objectifs (17).

    En outre, le but ultime du Programme 2030 étant de « ne laisser personne de côté », des séances du Forum seront consacrées aux pays dans des situations particulières, aux sociétés résilientes, ainsi qu’au secteur science-technologie-innovation.  Les leçons tirées des expériences régionales et les perspectives des grands groupes de la société seront également mises à l’honneur.  Pour ce qui est de la réunion ministérielle de la semaine prochaine, elle sera consacrée aux examens nationaux volontaires de 47 pays.

    * Télécharger le rapport : Point annuel sur les objectifs de développement durable
    Compte rendu de l'ONU

    [ODD2030] [MFT-ODD]

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