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Economie verte : défis et opportunités pour le continent africain



  • Document collectif réalisé par ENERGIES 2050 sous la direction de Stéphane POUFFARY (contributions Stéphane POUFFARY, Philippine WATERKEYN, Heather ROGERS)

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    ENERGIES 2050, notre engagement pour un futur durable

    ENERGIES 2050 contribue régulièrement et avec plaisir depuis plusieurs années à Medenergie. Réseau international d’échanges depuis 2007, ENERGIES 2050 est, depuis avril 2011, une association française sans but lucratif qui travaille exclusivement dans l’intérêt général.

     

    L’associationintervient en France et à l’étranger sur les questions associées au développement durable, au changement climatique, aux défis environnementaux et énergétiques. ENERGIES 2050 est une Organisation Non Gouvernemental (ONG) engagée dans la mise en œuvre de la Grande Transition, qu’il s’agisse de la transition énergétique, de la transition urbaine ou de la mise en mouvement d’une société plus humaine, plurielle et solidaire, porteuse de paix et respectueuse des biens communs de l’humanité.

     

    L’ensemble des activités menées par ENERGIES 2050 s’inscrivent dans une vision permanente de solidarité et d’équité. Elles visent aussi bien à transformer nos modes de consommation et de production au Nord pour que ceux-ci soient plus éthiques et durables qu’à accompagner les pays du Sud sur la voie d’un développement qui contribue au bien-être de tous tout en étant respectueux des ressources naturelles et porteur de justice sociale. ENERGIES 2050 plaide pour une implication de l’ensemble des citoyens du Monde dans la mise en place d'un nouveau modèle de développement partagé, à imaginer collectivement. ENERGIES 2050 rassemble des membres et des experts d’une cinquantaine de nationalités.

     

     

     

     

     

    L’économie verte s’inscrit dans la logique des réflexions en cours sur les modèles « d’économies durables » qui se proposent de conjuguer à la fois croissance, développement sociétal et protection des ressources naturelles. Dans cette perspective, l’économie verte a été définie comme une nouvelle approche permettant de revisiter les modèles économiques traditionnels de croissance. Si sa définition a suscité des débats et controverses, l’économie verte est affichée de plus en plus clairement comme une solution pertinente pour mobiliser le secteur privé dans l’atteinte des objectifs du développement durable. Alors que le continent africain se trouve à la croisée des défis et des potentiels d’actions, il est intéressant de s’interroger sur l’opportunité que représente l’économie verte pour cette région.

     

     

     

    Un concept à la mode, pourtant pas si récent…

     

    Depuis quelques années, le concept d’économie verte est affiché comme une composante indispensable à la mise en œuvre des stratégies de réduction de gaz à effet de serre et à la réussite des objectifs de développement durable. Lors du dernier Sommet de la Terre qui a pris place à Rio en 2012 (Rio 20), il s’agissait d’ailleurs d’un objectif phare du document final « L’avenir que nous voulons ». Les 188 Etats représentés s’y engagent à suivre la voie d’une économie verte à même de « contribuer à l’élimination de la pauvreté et à la croissance économique durable, améliorer l’intégration sociale et le bien-être de l’humanité, et créer des possibilités d’emploi et de travail décent pour tous, tout en préservant le bon fonctionnement des écosystèmes de la planète. »[1].

     

    Dans cette perspective,de nombreuses organisations internationales sont actuellement en train d’élaborer des stratégies en matière d’économie, de croissance verte et de développement d’emplois verts décents. Par ailleurs, il existe désormais une abondante littérature sur le sujet de la Croissance verte avec notamment les travaux du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou encore l’approche développée par l’Union européenne[2].

     

    Ceci étant dit, si la notion d’économie verte reste assez récente sur la forme, le concept n’est pas fondamentalement nouveau sur le fonds. Il s’inscrit en effet dans la logique des réflexions sur les modèles « d’économies durables » qui se proposent de conjuguer à la fois croissance, développement sociétal et protection des ressources naturelles. L’économie verte répond également de la même logique que la responsabilité sociétale des entreprises, en allant un peu plus loin sur le lien entre la mise en œuvre des objectifs du développement durable, la performance des entreprises et celle de nos sociétés.

     

    Dès 1989, le terme « économie verte » apparait dans un rapport élaboré par le Centre de l’Economie de l’Environnement de Londres (LEEC : London EnvironmentalEconomics Centre) sur le thème de la monétisation des impacts des pollutions diverses sur notre environnement[3]. Plus tard, dans le contexte de la crise économique de 2008, le PNUE lance son « Initiative pour une Economie Verte » et c’est dans ce cadre qu’a été proposée une série de mesures politiques, intitulée le « Global Green New Deal » (GGND), visant trois objectifs principaux[4] :

    • La reprise économique;
    • La réduction de la pauvreté; et
    • La réduction des émissions de carbone et de la dégradation des écosystèmes.

     

     

    L’économie verte confrontée à une appropriation fragmentée et contradictoire

     

    En 2011, le PNUE publie son « Rapport sur l’Economie Verte », dans lequel il donne la définition suivante :« une économie verte entraîne une amélioration du bien-être et de l'équité sociale, tout en réduisant considérablement les risques de pénuries écologiques.[5] ».Il s’agirait donc d’une économie qui puisse répondre aux objectifs du développement durable en générant croissance et emplois, tout en tenant compte des piliers sociétaux et environnementaux à travers notamment une meilleure inclusion sociale, des émissions limitées de gaz à effet de serre (GES) et une gestion durable des ressources naturelles.

     

    En substance, la définition est à la fois simple car elle répond de ce que nous pourrons appeler « une certaine évidence » et, à la fois complexe, car elle fait référence à de nombreuses notions interdépendantes impliquant l’ensemble des parties prenantes.Cela est d’autant plus vrai queles réponses apportées se confrontent à des visions plurielles et très souvent idéologiques de l’économie, des modèles macroéconomiques et de l’organisation des différents acteurs de nos sociétés qu’ils soient privés ou publics.

     

    En pratique,l’économie verte se heurte à une appropriation fragmentée et contradictoire, car elle fait référence à des perceptions, à des définitions et à des attentes différentes pour les modalités de sa mise en œuvre selon que l’on se place dans un pays en développement, un pays industrialisé ou encore une économie en transition. Alors qu’elle est synonyme d’innovations technologiques « vertes » pour certains, pour d’autres l’économie verte se restreint aux seules politiques visant à réduire l’impact des activités économiques sur notre environnement. Il en résulte certaines réserves au regard de ce concept. Certains pays du Sud ainsi que de nombreux représentants de la société civile reprochent à l’économie verte de ne pas aborder explicitement les objectifs sociaux, tout en reconnaissant la référence formelle et souhaitée à une transition technologique et économique.

     

    Enfin, de nombreux acteurs et observateurs s’inquiètent d’une nouvelle approche économique qui ne servirait que les besoins d’une nouvelle phase de croissance économique tout en étant déconnectée des crises environnementales, climatiques, financières, économiques et sociales actuelles et qui resterait inaccessible aux populations et aux Etats les plus démunis. Alors que la raréfaction des ressources est un enjeu majeur pour le futur de la planète, la définition actuelle interpelle sur l’absence explicite de mention à un mode de vie plus sobre pour les populations les plus favorisées, afin de permettre l’accès aux services essentiels et aux droits fondamentaux des populations les plus défavorisées.

     

     

     

    Une opportunité à saisir pour une transition impliquant tous les acteurs

     

    L’économie verte, tout en ne pouvant répondre à l’ensemble des enjeux, se doit, sans aucun doute,de faire partie intégrante de la transition vers un modèle de développement qui soit juste, solidaire, respectueux de l’Homme et des ressources naturelles. Dans cette perspective, l’économie verte est une opportunité unique d’impliquer autour d’objectifs communs l’ensemble des acteurs, qu’ils soient privés, publics ou citoyens. La transition doit être globale et systémique pour répondre aux multiples défis qui se dressent face à nous, et c’est pourquoi chacun d’entre nous doit apporter sa contribution à la construction d’un futur différent et résolument durable.

     

    Comme en témoigne l’initiative Global Green New Deal et sa série de mesures politiques visant à tendre vers une économie verte, le rôle des Etats et gouvernements locaux est primordial pour impulser les changements à mettre en place. Il s’agit notamment de proposer un cadre réglementaire à même d’orienter les investissements vers des activités respectueuses de l’environnement et socialement inclusives. Il est également question de réorienter les dépenses publiques, en limitant celles qui contribuent à stimuler des activités néfastes pour la planète (rappelons par exemple qu’en 2011, les subventions aux énergies fossiles représentaient près de 523 milliards de dollars, soit 6 fois plus que celles dédiées aux énergies renouvelables qui s’élevaient à moins de 90 milliards de dollars[6]) et en favorisant celles qui alimentent la transition vers une économie verte.

     

    En complément des politiques et des mesures mises en place au niveau international, national, régional et local, l’économie verte entend mobiliser de manière optimale le secteur privé. En Juin 2013, le rapport du PNUE « GEO-5 pour les entreprises : incidences d’un environnement en mutation sur le secteur des entreprises » précise que le secteur privé pourrait contribuer à plus de 80% du capital nécessaire pour faire face aux conséquences du changement climatique. Au-delà d’une nécessité évidente, le rapport souligne également les bénéfices escomptés pour les entreprises qui sauront anticiper et s’inscrire dans une démarche responsable durable. En effet, la capacité des entreprises à innover et à développer des biens et des services sobres en ressources naturelles et à faibles impacts environnementaux et climatiques sera de manière croissante un des critères essentiel d’évaluation et de réputation.

     

    Enfin les citoyens, à travers leurs choix et leurs pratiques de consommation, peuvent être de véritables catalyseurs de la transition vers une économie verte. C’est d’ailleurs un des grands axes développés par le Cadre Décennal de Programmation concernant les modes de consommation et de production durables (10YFP en anglais), lancé en 2012 à l’occasion de la Conférence Rio 20. En effet, « l’information des consommateurs » figure parmi les cinq programmes initiaux du 10YFP, visant à permettre aux citoyens de faire des choix de consommation plus durables. Cela concerne notamment les informations et communications provenant des pouvoirs publics et des entreprises, présentées, par exemple, via l’étiquetage[7].

     

     

     

    Des leviers d’action multiples pour tendre vers une économie verte en Afrique

     

    La transition vers des modes de consommation et de production durables apparaît donc non seulement comme un impératif social, économique et écologique mais aussi comme une opportunité unique pour générer de la croissance, créer des emplois et permettre de contribuer à éradiquer la pauvreté au travers d’investissements dans le capital naturel, tout en le préservant afin d’assurer la survie de la planète sur le long terme. Dans cette perspective, l’économie verte apparaît comme un des principaux trésors pour le développement des pays Africains et participerait sans aucun doute à la stabilité de la zone au service de la construction d’un espace de paix et de prospérité.

     

    En effet, le continent africain se retrouve au cœur des défis -qu’il s’agisse des conséquences des changements climatiques, des enjeux énergétiques, environnementaux, économiques ou sociaux- que l’on se trouve en milieu rural ou urbain. De nombreux pays d’Afrique sont déjà confrontés à d’importants défis (pauvreté, insécurité alimentaire, présence de maladies, conflits chroniques, inégalités, accès à l’énergie…) qui se retrouvent exacerbés par les effets du changement climatique et par la dégradation des ressources naturelles.L’économie verte doit faire partie des stratégies mises en œuvre afin d’assurer une croissance qui soit corrélée à une préservation et une valorisation du capital naturel et humain.

     

    Les opportunités sont multiples et concernent l’ensemble des secteurs d’activité : l’agriculture, l’énergie, l’industrie, le tourisme, le transport, le bâtiment, l’urbanisme et le quotidien des populations. Pour ce qui est de l’agriculture, l’article d’ENERGIES 2050 dans le numéro 3 de l’Equatorial Magazine[8], souligne les enjeux majeurs que ce secteur représente pour l’Afrique ainsi que les nombreux défis à surmonter dans un contexte de réchauffement climatique. Dans cette optique, la transition vers une agriculture verte parait indispensable pour assurer le futur durable de la région. La question énergétique constitue également un des principaux défis, tout en soulignantqu’elle porte en elle des opportunités multiples. L’efficacité énergétique dans le bâtiment, l’optimisation des transports en communs, le déploiement des énergies renouvelables –qui présentent un potentiel de développement considérable sur le continent africain- l’amélioration des procédés industriels,… sont autant de leviers d’actions qui rendent les perspectives d’une économie verte et socialement inclusive réalisables.

     

    Alors que la configuration mondiale est en plein bouleversement, avec des pays émergents qui contribuent de manière croissante aux dégâts environnementaux et climatiques (selon le Global Carbon Project, la Chine a été responsable de 27% des émissions de CO2 en 2013), les trajectoires qu’emprunteront les pays en développement et notamment ceux du continent africain seront déterminantes pour le futur de la planète. Qu’il s’agisse des questions énergétiques, climatiques ou environnementales, l’Afrique doit s’engager dans une transformation durable et utiliser les trésors qu’elle porte en elle pour transformer les contraintes en opportunités.

     

    Il est important de conclure cet article en signalant que la Communauté Economique pour l’Afrique Centrale (CEEAC) est très avancée sur l’Economie Verte et que de nombreux acteurs et réseaux sont déjà mobilisés et organisés. Dans cette logique, un Fonds pour l’Economie Verte en Afrique Centrale va être mis en place par la CEEAC et officialisé lors d’une Conférence des Ministres qui se tiendra à Kinshasa en République Démocratique du Congo du 27 au 30 octobre 2014.

     

    Pour finir, on citera la mise en place d’un programme de renforcement des capacités et d’accompagnement sur l’économie verte pour les pays africains francophones en développement (PEVA – Programme Economie Verte Afrique) porté par l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD) qui a initié un cadre de collaboration multipartites qui rassemble sous couvert d’un accord cadre l’IFDD, l’Université Senghor, le Centre International des Technologies de l’Environnement de Tunis (CITET) et l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS).

     

     

     

    ENERGIES 2050 : promouvoir une approche systémique dans un monde fragmenté

     

    Alors même que l’on parle d’économie verte, on ne peut que remarquer la complexité des réponses, les interrelations qui existent entre celles-ci ainsi que la multiplicité des acteurs impliqués dans leurs mises en œuvre. Parler d’économie verte sans la replacer dans le contexte de la croissance démographique, de la question des ressources naturelles, de la protection de l'environnement, de l’agriculture et de nos modes alimentaires, des impacts sur la santé, des bâtiments dans lesquels nous vivons, des modes de transports, de l’urbanisation ou encore de nos modes de consommation ne peut être que réducteur. Le constat est le même pour l’ensemble des problématiques globales auxquelles notre monde est confronté.

     

    C’est dans cette optique qu’ENERGIES 2050 vise à promouvoir une approche systémique, impliquant l’ensemble des acteurs et s’inscrivant sur le long terme. ENERGIES 2050 est une aventure collective à la recherche d’un mieux vivre ensemble, dans le respect des ressources naturelles et d’une indispensable solidarité à réinventer.S’il est facile de se sentir impuissant face aux multiples défis auxquels nos sociétés sont confrontées, c’est en fédérant les efforts de chacun et en échangeant sur les bonnes pratiques et les solutions innovantes que nous arriverons à des modèles de développement qui soient durables, respectueux de l’Homme et des ressources naturelles.

     

    Depuis plusieurs années déjà, ENERGIES 2050 mène des activités sur les thématiques liées au développement durable, aux questions énergétiques et climatiques. Dans le cadre cette approche systémique, les programmes mis en œuvre par ENERGIES 2050 se veulent transversaux et complémentaires. Afin de mutualiser et de partager les savoirs, ENERGIES 2050 publie de nombreux dossiers et rapports et organise régulièrement des rencontres afin d’initier des échanges et des débats. L’association met également en œuvre des activités de formation à l’attention des citoyens mais aussi des professionnels et des élus. Enfin, ENERGIES 2050 mène ou participe à plusieurs projets concrets et duplicables afin de témoigner des possibles.

     

    L’aventure n’a de sens que si elle est partagée et que nous agissons ensemble.

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