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COLLOQUE INTERNATIONAL : Etat, gouvernementalité et gestion du changement



  • Rabat - 23 et 24 avril 2015.

    Le GRET, l’Université Mohammed V et la Chaire UNESCO des droits del’homme organiseront le 20eme colloque international les 23 et 24 avril 2015 à Rabat, en collaboration avec nos partenaires traditionnels : la Faculté de Droit de Rabat-Agdal et la Fondation Hans Seidel sur le thème : Etat, gouvernementalité et gestion du changement.

    Ce colloque représente un moment très important puisqu’il couronne vingt ans d’une intense activité scientifique marquée par des réflexions pertinentes et des productions scientifiques qui font autorité. Nous voulons faire de ce rendez-vous exceptionnel une synthèse féconde de toutes les problématiques que nous avons analysées jusqu’ici.


    Pourquoi  le  choix  d’une  telle  thématique ?  Après  avoir  mené  des réflexions approfondies et transversales sur les questions de gouvernance et les théories politiques qui la sous-tendent, il nous a paru essentiel de transcender l’effort de théorisation et d’interpellations critiques pour aborder cette fois-ci les pratiques du pouvoir elles-mêmes et de leurs effets sur le fonctionnement et le développement de nos sociétés. Car il va sans dire que le problème qui se pose aujourd’hui, c’est non pas de se contenter de mieux gouverner, et on parlera alors de gouvernance, mais d’interroger l’art de gouverner, et on désignera cela par gouvernementalité, selon l’expression célèbre de Michel Foucault.


    Que signifie le terme « gouvernementalité » ? Chacun sait que l’apport de Foucault à l’explication et au questionnement du pouvoir est important non pas du point de vue systémique mais opérationnel et managérial.

    La démarche de Foucault s’inscrit dans une volonté de savoir comment le pouvoir peut élaborer une rationalité gouvernementale singulière pour agir et gérer les conditions de vie et d’existence des êtres humains. Foucault s’intéresse plus aux pratiques qu’aux normes de droit ; c’est pour cette raison que sa conception du pouvoir a connu un succès considérable dans les universités. Et toute une littérature sur l’art de gouverner va se développer et donner naissance à une science de gouvernement.

    Chacun sait que tout Etat gouverne, c’est sa fonction essentielle, mais il ne doit pas le faire n’importe comment ; il y a des arts de gouverner qui promeuvent le bien-être collectif et d’autres qui font le contraire ou sèment la confusion, mais ils sont tous à interroger et à évaluer.
     
    Le thème Etat, gouvernementalité, changement présente certes un triptyque qui renvoie à la question essentielle des  nouveaux rôles que doit jouer l’Etat dans la conduite du changement. Celui-ci n’est ni une affaire de discours, de programmation ou de quelque prévision, mais il est tributaire de pratiques et de modalités d’exécution. L’Etat a pour vocation de gouverner, de changer, de transformer dans un contexte qui ne cesse de se complexifier et de se compliquer. Le changement relève alors d’une capacité d’adaptation et d’amélioration constante de ces pratiques. Gouverner, c’est savoir s’adapter, innover, transcender.


    Le discours de la gouvernabilité ne semble plus se contenter d’un apprentissage collectif (gouvernance), mais il doit inventer des pratiques pertinentes  et  adéquates ;  car  si  on  réduit  la  fonction  de  l’Etat  à  sa
    « gouvernance »,  on  peut  lui  faire  perdre  son  statut  d’unique  institution capable d’organiser la vie de la société et on remet en cause son caractère souverain. C’est pourquoi le concept de gouvernementalité rend acte d’une situation d’action, de décision et de production de pratiques performantes, évolutives et adaptées.


    Le terme « gouvernementalité » permet alors de scruter les pratiques politiques en cours dans toutes leurs dimensions, y compris idéologique. Il permet d’observer et d’interpeller l’art de gouverner et les pratiques qui s’en suivent. Tout en étant producteur de normes et de lois, le gouvernement devient un processus qui cherche à influer le comportement et à transformer les situations. Il s’infiltre dans le social et la vie des citoyens, réduisant la frontière entre le politique et le non politique. Il renvoie à l’instauration d’une rationalité politique supérieure issue d’un modèle d’analyse basée sur les techniques de gouvernement, les actions à entreprendre et les pratiques qui constituent la matérialité tangible de l’Etat.


    L’humanité se trouve aujourd’hui face à un examen critique de ses moyens de gouverner en vue d’apporter du renouveau aux pratiques usuelles
     
    pour en inventer d’autres à la mesure des enjeux socio-économiques et de la complexité des temps modernes. Les recettes du passé, les pratiques de planification, de gestion et de décision, appliquées jusqu’ici, ont perdu de leur efficacité. Nous avons l’impression d’avoir tout essayé sans succès et que tout reste à inventer ou à réinventer pratiquement dans tous les domaines : la finance, la fiscalité, l’urbanisme, la justice, l’éducation, la médiation, la décentralisation, la planification, la programmation, l’investissement, la santé, le tourisme, la culture, le dialogue social, la démocratie associative, la coordination, le partenariat, et dans d’autres domaines encore, …




    Si les utopies du 19e siècle étaient pleines de promesses de salut, d’égalitarisme, de salubrité et de sécurité, les 20eme et 21eme siècles ont énormément compliqué ces tâches et les crises ne cessent de se suivre et se poursuivre sous nos yeux. Personne ne sait comment faire pour y faire face comme s’il était demandé à l’intelligence humaine de tout réinventer. Cela est d’autant plus vrai que certaines pratiques politiques et financières ont conduit certains Etats à la banqueroute ou à la désintégration   (Grèce, Portugal, Espagne Lybie, Irak, Yémen, Syrie, etc.).




    De ce fait, tous les Etats du monde sont invités à relever le défi du renouveau et de modernisation des pratiques de gouverner. L’art de gouverner exige aujourd’hui non seulement l’amélioration des circuits fonctionnels du pouvoir mais surtout l’invention de nouvelles pratiques de gouvernement. Ceci met en relief toute l’importance de la question de la réforme et du réformisme. C’est un travail qui devient épineux et très difficile en raison de la complexité des attentes et des revendications multiformes des populations. Le contexte de la réforme ne cesse de se compliquer ; il exige de surcroit des réajustements profonds au niveau de la pratique politique et pose des questions fondamentales liées à la compétence, à la maîtrise de la connaissance, à l’instauration d’un leadership supérieur, à la libération de l’imagination, à l audace politique  et à la capacité des acteurs publics à comprendre et à transformer leur environnement immédiat. L’objectif étant de créer les conditions favorables d’un développement harmonieux et durable au service
     
    de l’humain, car le rôle de l’Etat en définitive n’est autre que d’assurer le bonheur de la cité et des humains. L’art de gouverner est celui qui sait rendre l’humain heureux.

    Ce colloque fera le point sur des modes de gestion, d’organisation et de gouvernement de la chose publique. Si la politique  est une pensée, une vision, une méthodologie, elle est aussi un savoir faire qui se traduit par des pratiques et des outils de gestion et de développement. Il se veut à la fois analytique et prospectif.

    Analytique pour évaluer des pratiques de gestion en cours et de leurs efforts au niveau du changement.

    Prospectif  pour réfléchir sur de nouveaux instruments ou de nouveaux leviers pour réformer l’action publique et mettre en forme les réformes pour un changement durable aux résultats positifs et tangibles. Il faut être au changement qui affecte le monde et avoir le regard fixé sur l’avenir. On voit tout l’enjeu de la gestion du changement dans une perspective de rationalité, d’efficacité et de performance permanente.

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