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Plusieurs pays partagent leurs expériences sur la manière de lutter contre les défis posés par le changement climatique dans l'agriculture



  • Dans le cadre des efforts visant à mettre en place une agriculture «intelligente face au climat», plusieurs pays ont fait part de leurs nouvelles expériences sur la manière de produire de la nourriture en vue d'aider les agriculteurs à faire face aux impacts du changement climatique et de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l'agriculture.

    L'échange a eu lieu le 26 avril, lors d'un événement spécial organisé en marge de la 156ème session du Conseil exécutif de la FAO.

    Alors que plusieurs pays sont en passe de mettre en pratique les Contributions déterminées au niveau national (NDC) suite aux engagements pris dans le cadre de l'Accord de Paris, l'événement a été l'occasion d'apprendre de ces pays qui ont montré la voie en matière d'agriculture «intelligente face au climat» et ce, dans différentes régions.

    «L'agriculture intelligente face au climat» est une approche destinée à transformer les systèmes alimentaires tout en augmentant la productivité durable et en mettant en œuvre des stratégies d'adaptation au changement climatique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre lorsque cela est possible, afin de parvenir à une certaine sécurité alimentaire face au changement climatique.

    Adopter une agriculture intelligente face au climat au niveau du terrain et de la politique pour transformer la vie des Tanzaniens

    En Tanzanie, les pertes du secteur agricole résultant du changement climatique sont estimées à 200 millions de dollars chaque année. Pour lutter contre ce problème, le gouvernement a associé le programme de lutte contre le changement climatique au développement agricole et aux politiques de sécurité alimentaire. Les préoccupations liées au changement climatique sont à présent intégrées dans le plan de développement national et les allocations budgétaires. Le pays entend également investir davantage dans les recherches portant sur «l'agriculture intelligente face au climat» afin d'améliorer la prise de décisions, d'impliquer les partenaires privés et d'attirer davantage d'investissements dans ce secteur.

    La politique nationale tanzanienne s'oriente maintenant vers le renforcement de la résilience des systèmes de production agricole et alimentaire face au changement climatique et vers la promotion d'une agriculture intelligente face au climat, en particulier pour les petits exploitants agricoles vulnérables.

    Des techniques rizicoles, qui nécessitent moins d'eau par exemple, ont été introduites il y a plusieurs années dans cinq régions tanzaniennes (Morogoro, Iringa, la zone du Lac, Shinyanga et Mbeya) et sont maintenant utilisées par environ 30 pour cent des producteurs de riz dans ces régions. Les agriculteurs ont déjà constaté une augmentation de leurs rendements alors qu'ils utilisaient moins les ressources en eau (ce qui est particulièrement pertinent pour les zones sujettes à la sécheresse) et sont impatients de cultiver de nouvelles variétés de riz.

    Les pratiques de conservation agricole, mises en place dans la zone du Lac, ont également prouvé leur efficacité. Elles comprennent l'utilisation de meilleures variétés de semences de manioc, de maïs, de sorgho et de coton résistantes aux sécheresses et aux pénuries d'eau et l'utilisation d'engrais organiques tels que le fumier afin d'améliorer la fertilité des sols. Par conséquent,  la productivité a quadruplé dans les zones pratiquant l'agriculture de conservation par rapport à celles où la culture est traditionnelle.

    Les chercheurs nationaux ont également développé des races spéciales de vaches laitières hautement productrices et les ont proposées aux éleveurs sur le terrain, ce qui leur a permis de réduire la taille de leur troupeau tout en augmentant leurs revenus. Cela a également contribué à réduire les émissions de gaz à effet de serre issues de la production animale et d'empêcher les activités de pâturage d'abimer les cultures.

    Faire face aux catastrophes naturelles au Vietnam

    Au Vietnam, en 2016, près de 700 000 hectares de riz et d'autres cultures agricoles ont été fortement endommagés par des catastrophes naturelles induites par le changement climatique. La production de riz a chuté de 800 000 tonnes et près d'1,1 million de personnes dans les zones affectées sont menacées d'insécurité alimentaire.

    Afin de renverser la tendance, plusieurs mesures destinées à s'adapter au changement climatique et à gérer les risques de catastrophes ont été appliquées à l'échelle nationale, territoriale et locale.Par exemple, la zone rizicole de plusieurs provinces du Centre a été transformée pour accueillir d'autres cultures telles que des arbres fruitiers et des raisins, qui nécessitent moins d'eau et peuvent servir de source de revenus alternative pour les agriculteurs. Lorsque les conditions climatiques le permettent, les terres peuvent être facilement réutilisées pour la production de riz.

    Sur les zones inclinées des provinces montagneuses du nord et du centre du pays, les cultures alimentaires annuelles sont cultivées en alternance avec des fruits forestiers et des arbres industriels. De tels systèmes agro-forestiers aident les agriculteurs à diversifier leurs revenus, à contrôler l'érosion des sols et à améliorer les écosystèmes et l'environnement. De plus, ils contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à piéger le carbone.

    Associer les cultures et forêts à l'aquaculture est aussi une pratique largement répandue au Vietnam. Par exemple, les forêts de mangrove à crevettes écologiques sur les provinces côtières du pays contribuent à la durabilité des moyens d'existence des communautés côtières vulnérables, tout en protégeant leurs ressources naturelles. De plus, les produits agricoles organiques peuvent conduire à des prix plus élevés pour elles en raison des normes plus strictes en matière de sécurité alimentaire appliquées lors de leur production. Avec plus de  180 000 hectares de forêts de mangrove à crevettes cultivées jusqu'à ce jour, les agriculteurs reçoivent un revenu stable de 1600 dollars américains par hectare chaque année. Parallèlement, les frais de protection du littoral sont estimés à près de 800 dollars par hectare chaque année.

    Pour la production porcine domestique, les éleveurs sont encouragés à utiliser des bio-digesteurs qui leur permettent de convertir leurs déchets en biogaz, qu'ils utiliseront ensuite pour cuisiner ou pour s'éclairer. Ils fabriquent également du purin riche en nutriments pour fertiliser les champs de riz paddy. Plus de 35 000 bio-digesteurs ont déjà été installés, ce qui a eu pour effet de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 pour cent.

    Lors de cet événement co-organisé par la FAO, les participants ont également souligné l'importance d'intégrer l'agriculture «intelligente face au climat» dans les programmes et politiques nationaux, promouvant les pratiques «intelligentes face au climat» sur le terrain par le biais de formations et de champs-écoles paysans dans plusieurs zones écologiques. Ils ont également insisté sur la nécessité de fournir des informations climatiques fiables aux agriculteurs et d'investir dans des recherches fondées sur des faits pour parvenir à mettre en place une agriculture «intelligente face au climat».

    Communiqué de la FAO

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