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Recenser les plantes naturellement pesticides en Afrique



  • Face à une demande de plus en plus généralisée, tant au Nord qu’au Sud, de restreindre l’utilisation des pesticides, le projet Knomana, qui vient de démarrer, recensera les plantes naturellement pesticides d’ores et déjà utilisées en Afrique. Les résultats doivent soutenir le développement de l’agriculture biologique en Afrique ainsi qu’explorer les potentialités de développement économique de l’usage des plantes recensées dans les pays concernés. Knomana est un projet du métaprogramme Inra-Cirad Glofoods.

    Les pesticides ont depuis plusieurs années mauvaise presse. Les pays industrialisés tendent à réduire leur utilisation sous les contraintes à la fois sociale et environnementale. Les pays du Sud ont à faire, dans ce domaine, à une autre problématique : au-delà de l’aspect sanitaire et environnemental, l’accès aux pesticides y est en effet limité.

    Aussi, traditionnellement, certains agriculteurs de ces pays ont pris l’option d’utiliser des extraits de plantes ou d’huiles essentielles afin de protéger leurs cultures ou leurs denrées stockées contre les dégâts des ravageurs ou des maladies. Si dans les pays africains anglophones, plusieurs travaux ont déjà permis de recenser ces plantes et leurs pratiques associées, beaucoup reste à faire dans les pays francophones.

    C’est pourquoi le projet Knomana, pour Knowledge management on pesticides plants in Africa, lancé en juin 2017, a pour objectif de recenser ces plantes, leurs usages, leurs modes d’actions, les organismes qu’elles sont susceptibles de cibler, voire leurs effets non-intentionnels, sur les organismes non ciblés par exemple. « Cet usage est déjà en œuvre en protection des cultures et de l’élevage de même qu’en santé humaine », souligne Pierre Silvie, entomologiste au Cirad et responsable du projet. Onze pays sont concernés de prime abord : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire , le Gabon, Madagascar, le Mali, le Niger, la République Démocratique du Congo, le Sénégal et le Togo.

    L’objectif est de rassembler, de formaliser et de compléter les informations déjà disponibles au sein d’une base de connaissances. « Il existe peu d’études de validation scientifique sur cette question de même que les savoirs et les usages de ces plantes sont peu diffusés », précise Pierre Silvie. Knomana entend y remédier. Forts d’un réseau de 70 personnes, les chercheurs et leurs partenaires vont mener l’enquête au sein de la littérature disponible, avec un appui de terrain au Cameroun et au Burkina Faso.

    Ce travail bénéficiera aux chercheurs, aux acteurs des ONG puis sous une forme vulgarisée aux organisations de producteurs et aux paysans.

    Il permettra de contribuer à résoudre des problématiques telles que l’arrivée récente de chenilles Spodoptera frugiperda. Cette espèce exotique envahissante a été observée depuis fin 2015 sur le continent africain. Elle s’attaque au maïs dans sa zone géographique d’origine (Amériques) mais sa polyphagie fait craindre des dégâts sur d’autres plantes cultivées, comme le cotonnier au Brésil.

    Il viendra également en appui au développement de l’agriculture biologique en Afrique, une des quatre voies d’intensification de l’agriculture listés par le projet PROIntensafrica qui s’est achevé en 2017.

    Le projet contribuera à examiner les potentialités de développement économique de l’usage des plantes recensées, notamment les espèces à usages multiples. Il vise notamment à accroître l’autonomie des populations locales quant à la production de produits de protection phytosanitaire et à leur utilisation. De fait, selon Pierre Silvie,« en utilisant ces produits de qualité maîtrisé et à prix modique par rapport à celui des pesticides, certains producteurs pourraient voir leur revenu croître. »

    Communiqué du Cirad

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