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Écotourisme : au-delà de l'effet de mode, savoir considérer une approche territoriale !


L’écotourisme est la forme la plus ancienne de tourisme responsable, basé sur des visites effectuées dans des territoires protégés : parcs nationaux, parcs naturels régionaux, réserves, zones vierges. Il concerne aujourd’hui un nombre important de territoires. Cependant, cette notion est floue, au point d’être parfois galvaudée. Un décryptage s’avère par conséquent nécessaire.

Suffirait-il de visiter un espace naturel préservé pour faire de l’écotourisme ? Cette notion, à laquelle beaucoup commencent à s’intéresser, est plus complexe qu’il n’y paraît…

L’écotourisme attire de plus en plus de voyageurs potentiels mais il existe, dans ce domaine, un déficit de communication et une difficulté à identifier les opérateurs du secteur.

Comment le définir ?

Les 3 500 accompagnateurs en montagne, répartis sur l’ensemble des massifs, ont travaillé sur la définition du terme « écotourisme ». Ils ont retenu les éléments suivants :

« L’écotourisme englobe les principes du tourisme durable en ce qui concerne les impacts de cette activité sur l’économie, la société et l’environnement, mais comprend les principes particuliers suivants, qui le distinguent de cette terminologie plus large et moins réaliste.

L’écotourisme :

- contribue activement à la protection du patrimoine naturel et culturel ;

- inclut les communautés locales et indigènes dans sa planification, son développement et son exploitation, contribue à leur bien-être et encourage leur participation ;

- propose aux visiteurs une interprétation du patrimoine naturel et culturel ;

- se prête particulièrement à la pratique du voyage en individuel ainsi qu’aux voyages organisés pour de petits groupe. »

L’ensemble des experts s’accorde sur le fait que le caractère différenciant de l’écotourisme face aux autres formes de tourisme durable tient dans sa composante éducative et dans la médiation à l’environnement.

Toutefois, l’écotourisme ne contribue pas seulement au bien-être ou à la participation des communautés locales mais se doit de considérer l’ensemble des implications sociales qui découlent de la mise en tourisme des territoires, notamment en fonction des intérêts souvent divergents des différents groupes ou corporations qui constituent les communautés. Par exemple, certains commerçants ou gérants de maison d’hôtes ont un intérêt pécuniaire direct, quand d’autres peuvent ne subir que des nuisances de la part de l’activité touristique.

Une mise en tourisme réussie d’un territoire doit concerner l’ensemble de la communauté et obtenir le consensus et le soutien de l’ensemble de ses habitants.)

Quels intérêts pour le voyageur ?

Pour le voyageur, l’intérêt principal réside dans la compréhension d’un territoire.

S’il choisit le ou les bons médiateurs, il pourra véritablement profiter des divers éléments qui en constituent l’attractivité : les plus beaux paysages, les lieux conviviaux, les produits du terroir, la richesse patrimoniale, la faune et la flore (à côté desquelles il aurait pu passer sans les apercevoir), la population locale imprégnée de ses traditions… Autant d’éléments qui enrichissent le voyage lorsqu’on prend le temps de les découvrir.

Ce qui implique une certaine lenteur, donc la réduction des déplacements, source d’économies pour le voyageur (prix du voyage) et pour la planète (émissions de CO2).

Quels intérêts pour l’hôte ?

L’hôte, quant à lui, ne pourra retirer un quelconque intérêt de la venue du voyageur que s’il y a véritablement un échange, ne reposant pas uniquement sur le seul acte d’achat.

Les relations peuvent être de toute nature : celles qui génèrent une meilleure connaissance mutuelle, favorisant le respect, un simple sourire, un apport de connaissances.

Quant à l’intérêt porté par le visiteur au visité, il permet aux autochtones de prendre conscience de la richesse de leur patrimoine, tant matériel qu’humain, etc.

Quels intérêts pour la nature ?

La composante éducative et la médiation à l’environnement engendrent l’acquisition de connaissances de la part des publics, ce qui favorise un meilleur respect et une meilleure protection de la nature.

Par exemple, un randonneur ne sachant pas que des oiseaux nichent au sol, peut être perturbateur ou destructeur pour les espèces concernées, sans avoir aucunement conscience des dégâts occasionnés. S’il en est averti, il ne causera pas de destructions et transmettra autour de lui les valeurs inhérentes à la protection des espèces concernées.

Certaines, comme le vautour fauve et le bouquetin, ont pu être réintroduites en partie grâce à cette connaissance dispensée par les parcs nationaux auprès des visiteurs, mais également auprès des habitants, des agriculteurs et des chasseurs.

Parfois, le simple fait qu’un public s’intéresse à une espèce et fait le déplacement pour l’observer permet sa protection, notamment en la justifiant d’un point de vue économique. L’éléphant au Kenya en est un exemple.

Limites et inconvénients de l’écotourisme

Par définition, l’écotourisme concerne plutôt les espaces protégés ou préservés. Un accès facilité, une législation plus permissive, une gare ou un aéroport construit à proximité, une mention dans un guide touristique, un article dans un magazine, génèrent souvent un afflux massif vers ces zones pas ou peu préparées à recevoir des flux touristiques.

L’écotourisme est donc totalement tributaire d’une bonne gestion territoriale, qui se doit d’inclure le calcul préalable de la capacité de charge d’un territoire avant toute mise en tourisme. Ce qui implique une gestion planifiée des territoires, déconnectée des intérêts particuliers et privés. Et pas, comme on le voit un peu partout, un développement opéré par des opérateurs privés sur des territoires ne disposant d’aucun levier permettant d’agir sur le volume de touristes envisagé. Vaste débat… qui concerne particulièrement les stations balnéaires et de sports d’hiver !

Les limites de l’écotourisme sont donc liées à la fréquentation des territoires. Est-elle acceptable et, par voie de conséquence, non nuisible aux espèces et populations qui les composent ? La fréquentation engendre-t-elle une surproduction de déchets que l’on ne peut retraiter ? une demande accrue en eau ou ressources déjà rares pour les habitants ? des nuisances à la faune ou la flore locales ? Demande-t-elle l’importation de denrées non produites sur place ?

Ces questions, pourtant cruciales, sont rarement posées.

Les critères à retenir, les pièges à éviter

Beaucoup d’écotouristes oublient souvent que les émissions de CO2 produites par l’activité touristique sont largement dues au tourisme individuel et au transport (75 % des émissions dans les stations de montagne). Et que, par conséquent, en préservant leur bonne conscience, ils y contribuent très largement. Une certaine forme d’écotourisme routier continue de se développer chaque été un peu plus, notamment dans les Alpes.

Voyager de manière individuelle dans des zones protégées ne transforme pas de facto tout visiteur en écotouriste. Il suffit d’additionner les quantités de matières fécales et de déchets laissés par l’ensemble des « écotouristes » individuels dans certains endroits pour s’en convaincre.

Les principaux critères à retenir par l’écotouriste soucieux de ne pas générer de dérangements sur le territoire visité consistent donc à ne dépasser la capacité de charge définie préalablement par une entité compétente.

D’autre part, il limitera de manière volontaire ses propres consommations d’eau, de ressources, sa production de déchets et ses émissions de gaz à effet de serre.

Pour l’écotouriste, les principaux pièges à éviter sont celui lié à l’information reçue, qui l’incite à visiter des sites qu’il faut avoir « vus », et d’oublier qu’au-delà d’un certain seuil toute personne supplémentaire participe à la sur fréquentation.

Beaucoup de guides et revues, par leurs rubriques « à voir », « à faire » et les adresses diffusées en grand nombre, concentrent de fait le tourisme dans des lieux de séjours qui n’ont pas une capacité d’accueil en correspondance, et ses revenus, dans les mains de prestataires de services qui deviennent rapidement de véritables potentats locaux.

Les différents types de vacances écoresponsables

Il existe diverses formes d’écotourisme ou de tourisme responsable : la villégiature (où les déplacements sont rares), la découverte en étoile, l’itinérance (les déplacements constituent les étapes).

- La villégiature sur le mode écoresponsable revient à combiner un séjour en immersion – idéalement chez l’habitant en gîte, chambre d’hôte ou hôtellerie de plein air avec un mode de vie simple et la pratique d’activités douces, telles que la randonnée, l’observation des paysages, de la faune, de la flore, etc.

- La découverte en étoile écoresponsable reprend ces ingrédients mais s’effectue à partir, soit d’un lieu de séjour unique, soit de différents points de départ (Dans ce cas le voyage d’une base à l’autre devra privilégier les moyens de transport collectifs, quand ils existent) ...

- Pour l’itinérance, ce qui compte avant tout est le mode de déplacement utilisé : pédestre (dans ce cas on parlera de trekking), équestre, à vélo (cyclotourisme), etc.

Un portage des bagages peut être envisagé. L’animal de bât remplacera alors avantageusement les véhicules spécialement affectés à cette tâche. On peut aussi utiliser les transports en commun pour cela.

Mais il convient de ne pas oublier que les vacances commencent au moment où l’on sort de chez soi et que, par conséquent, le moyen utilisé pour se rendre sur place et la distance parcourue sont les principaux éléments à prendre en compte…

Les différents labels existants

S’il est assez aisé d’établir un label prenant en compte l’ensemble des composantes qui constituent la conception d’un centre d’hébergement (construction, matériaux, énergie utilisée, retraitement des déchets, aspect social), il en va tout autrement des produits touristiques « tout compris ».

Comment dans ce cas évaluer les retombées sociales, l’impact réel sur l’environnement, les perturbations occasionnées à la faune ou les conséquences des chocs générés par certaines rencontres interculturelles, etc. ? Seule une évaluation in situ pourrait le permettre. C’est la constatation qu’a faite l’association des Voyageurs et voyagistes Éco-responsables (V.V.E).

Après dix années de recherches et d’efforts, elle vient de créer le double système d’évaluations : SEVVE (Système d’évaluation de l’écotourisme de V.V.E).

 

Personne jusqu’alors ne s’était lancé dans ce type de démarche, pour la simple raison que cela coûte cher, est fort complexe et requiert une parfaite connaissance du terrain. Seule exception : les parcs nationaux, qui ont mis en place un système d’évaluation dans le cadre de l’instauration de la marque « Esprit Parc  ».

Notons qu’un label onéreux est discriminant pour les acteurs n’ayant pas les moyens de se l’offrir. Et que, par conséquent, sa seule justification est souvent d’écarter les petits opérateurs et artisans du voyage de la communication sur ces thèmes. Que, de plus, labelliser un opérateur n’a pas de sens : en effet, certaines de ses formules en « tout compris » peuvent respecter une part importante des critères à prendre en compte, et d’autres pas ! Par conséquent, il est clair qu’une labellisation crédible ne concernera pas les opérateurs mais chacun de leurs séjours, comme le réalisent les Parcs nationaux ou naturels régionaux).

Le label Tourisme responsable de l’association ATR (Agir pour un tourisme responsable), mis en œuvre par Ecocert, qui valide le fait que les critères – établis par l’association elle-même – sont respectés, ne s’appuie pas sur des évaluations mais sur des objectifs à atteindre et les retours des clients…

Lorsque ces critères sont peu restrictifs, et assez flous, ils ne contraignent à rien d’autre qu’à l’existant !

Station verte est un label touristique national né en 1964 et dédié dès sa création au tourisme de nature ; la Station verte doit obligatoirement présenter un attrait naturel pour des séjours à la campagne : rivière, lac, plan d’eau, espaces naturels.

L’ATES (Association pour le tourisme équitable et solidaire) a effectué ses propres recherches sur cette question complexe de la labellisation. Celle des évaluations reste la problématique principale.

L’association V.V.E refuse, quant à elle, tout label ou certification qui ne reposerait pas sur des évaluations de terrain et concernerait une complète gamme de voyages. V.V.E évalue chaque séjour. Nous avons vu que le territoire constituait le cadre de référence, ce qui complique l’élaboration d’un label qui se voudrait universel.

Concernant les hébergements, il existe plusieurs labels : l’Ecolabel européen, les Ecogîtes, les gîtes Panda, etc. Citons également le groupement des Hôtels au naturel, implantés sur des territoires naturels d’exception.

A vous de jouer !

Pour un label, l’important est donc la teneur et la rigueur des critères. S’informer sur ces derniers transforme le consommateur naïf en consomm’acteur. Tout l’enjeu du futur pour un tourisme vertueux dépend donc de la capacité de chacun à faire les choix les plus écoresponsables.

L’offre, elle, existe déjà depuis longtemps…

Jean-Pierre Lamic.

Professionnel du tourisme et des loisirs depuis trente-cinq ans (moniteur de ski et accompagnateur en montagne diplômé), il est le fondateur de l’association des Voyageurs et voyagistes Éco-responsables (V.V.E), auteur et organisateur des Forums nationaux du tourisme responsable et du Salon international de l’écotourisme, du voyage solidaire et participatif Sol & Ecotourismo.

Les livres de l’auteur

  • Tourisme durable, utopie ou réalité ? éd. L’Harmattan - 2008
  • Sports d’hiver durables – les pistes du possible, éd. Le Souffle d’or - 2010
  • Écotourisme et tourisme solidaire : 35 ans à la rencontre de l’Autre, éd. Kalo Taxidi - 2018
  • Tourisme durable : de l’utopie à la réalité, éd. Kalo Taxidi (ouvrage à paraître : automne 2019)

L’association V.V.E

L’association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables regroupe 5 400 adhérents-voyageurs (fin avril 2019), 22 voyagistes, des associations et hébergeurs, et un réseau de partenaires implantés partout dans le monde.

Gérée de manière bénévole depuis plus de 11 ans, elle constitue le premier réseau international de l’écotourisme, du voyage solidaire et participatif.

Créée en 2007 par des professionnels du tourisme en association avec des voyageurs, elle se caractérise par le fait que les voyageurs, les premiers concernés par le tourisme alternatif (solidaire, responsable, équitable, écovolontariat), sont enfin admis de plein droit à s’informer et s’exprimer sur ces sujets !

Elle est la seule à fédérer des organismes de tourisme participatif, dont Cybelle Planète qui a été à l’origine de la Charte de l’écovolontariat et de la Charte de l’écovolontaire dans une démarche participative.

V.V.E a organisé le Forum national du tourisme responsable (Chambéry 2010 et Montpellier 2012), et le 1er Salon international de l’écotourisme, du voyage solidaire et participatif (Grenoble 2018).

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