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Nicolas Hulot, l'écologie de la responsabilité


Huit : c’est, depuis septembre, le nombre de fois où Nicolas Hulot aurait songé à démissionner du gouvernement, selon un article du Figaro. La presse prête régulièrement au ministre de la Transition écologique des états d’âme, velléités de départ et autres contorsions idéologiques. Agacé, l’intéressé dément en bloc, et répète qu’il n’a pas l’intention d’abandonner le navire gouvernemental.

 

Éthique de responsabilité vs éthique de conviction

Depuis sa nomination par Emmanuel Macron, l’ancien animateur de télévision a fait de son maroquin ministériel le symbole de l’équilibre. Équilibre entre ses convictions militantes et les impératifs de la vie politique. « Toute activité orientée selon l’éthique, écrivait Max Weber en 1917, peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées. Elle peut s’orienter selon l’éthique de la responsabilité ou selon l’éthique de la conviction ».

L’une n’exclut pas l’autre, précisait cependant, dans Le savant et le politique, le sociologue et économiste allemand. Mais alors que l’éthique de la conviction peut enfermer dans des impasses doctrinaires, celle de la responsabilité « doit répondre des conséquences prévisibles de nos actes ». Sans renier les convictions de Nicolas le militant écologiste, le ministre Hulot s’attache donc à défendre des positions de compromis. Équilibriste, diront certains ; responsable, répondrait Max Weber.

Le « recul » du ministre de l’Environnement sur la question du nucléaire illustre cette position. Reconnaissant, le 5 novembre, qu’il serait « difficile » de tenir l’objectif de réduction de 75 % à 50 % de la part d’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2025, Nicolas Hulot s’est ainsi justifié : « Je préfère le réalisme et la sincérité à la mystification ». Du Weber dans le texte, ou presque.

Car le ministre garde à l’esprit ses priorités : le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, RTE, ayant prévenu qu’une diminution trop rapide du parc nucléaire contraindrait la France à maintenir en activité plusieurs centrales au charbon et à construire une vingtaine de centrales au gaz, avec pour conséquence de doubler nos émissions de gaz à effet de serre, « maintenir la date de 2025 pour ramener le nucléaire à 50 % (..) se fera au détriment de nos objectifs climatiques ».

Un recul stratégique, donc, qui n’a pas empêché Nicolas Hulot de maintenir l’objectif de 50 %, à une nouvelle échéance, et de confirmer la fermeture de la très controversée et obsolète centrale nucléaire de Fessenheim d’ici à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron. Un recul stratégique, enfin, qui permet au ministre de pousser ses pions sur d’autres sujets cruciaux.

Le président de la République, qui avait convoqué début décembre ses pairs et le monde de la finance au One Planet Summit, a ainsi laissé son ministre dérouler un discours particulièrement engagé : « Les énergies fossiles appartiennent aux modèles économiques et énergétiques du passé, a lancé Nicolas Hulot. Elles ne sont plus la solution, mais le problème ». Et l’ancien animateur de proposer « une fiscalité pour permettre la décroissance des énergies fossiles et soutenir le développement des énergies renouvelables (EnR) ». Au nez et à la barbe des services de Bercy.

Nicolas Hulot l’a également emporté sur le dossier ultra-sensible du glyphosate : alors que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, défendait une prolongation de l’autorisation du pesticide star de Monsanto entre cinq et sept ans, c’est la position de son collègue — trois ans — qui a primé et est devenue celle de la France lors des négociations européennes.

Nicolas Hulot s’est fait une « religion » sur le compteur Linky

Compromis, responsabilité, conviction... Nicolas Hulot, après avoir « fait partie, comme chaque citoyen, de ceux qui s’interrogeaient » à propos du nouveau compteur Linky, actuellement déployé chez les ménages français par Enedis, s’est dit « rassuré » : « je me suis fait une religion et je pense très sincèrement qu’il n’y a aucun danger », a-t-il déclaré fin novembre au micro de France Inter.

Sur ce dossier comme sur les autres, le ministre n’oublie pas que sa priorité, comme l’intitulé de son poste, est bien la transition énergétique. Une transition qui est déjà à l’œuvre, accompagnée par le nouveau compteur intelligent, dont sept millions de foyers français sont d’ores et déjà équipés. Linky est en effet indispensable pour le développement de l’autoconsommation — c’est-à-dire le fait de consommer l’énergie durable que l’on produit chez soi. À travers l’Hexagone, quelque 14 000 foyers s’y sont déjà mis. Un chiffre appelé à exploser dans les années à venir, avec la baisse du prix d’achat et d’installation des panneaux solaires et la hausse prévue de celui de l’électricité.

L’autoconsommation est, en effet, indispensable pour accélérer la transition énergétique, qui passe par le développement d’une consommation électrique plus responsable, locale et durable. La décentralisation permise par l’autoconsommation occasionnera une diminution mécanique de l’activité des centrales nucléaires.

Linky, en effet, permettra d’améliorer l’intégration des EnR dans le réseau de distribution, mais aussi d’assurer un meilleur équilibre entre production et consommation d’électricité. Un rapport de RTE souligne ainsi l’importance des EnR et de l’autoconsommation pour réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français. CQFD. 

Cécile Honoré

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