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Le rôle croissant des bioénergies dans la future Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)


Première puissance agricole d’Europe et troisième forêt européenne en nombre d’hectares, la France dispose d’un gisement particulièrement favorable pour développer et tirer profit des bioénergies dans la production de gaz et d’électricité. Le ministère de la Transition écologique et solidaire a clairement affirmé sa volonté de valoriser davantage dans l’avenir la génération d'énergie en milieu rural, et d’utiliser l’ensemble des ressources agricoles, forestières, marines et aquacoles disponibles. De nouveaux objectifs de déploiement seront fixés dans la prochaine version de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dont le dossier préalable du Maître d’ouvrage, dévoilé mercredi 7 mars 2018 par la Commission nationale du débat public, réserve d’ores et déjà une place de choix aux énergies issues de la biomasse.

Les bioénergies, des énergies renouvelables de premier plan

Désignant aussi bien la fourniture de biomasse pour les biocarburants ou la production de chaleur que la méthanisation et la production de gaz vert, les bioénergies représentent plus de 65% de la production totale d’énergies renouvelables en Europe. Elles sont produites à partir de matière biologique (bois, productions agricoles ou déchets organiques) et peuvent être utilisées pour produire du gaz, de l'électricité, de la chaleur, ou du carburant. Le terme de biomasse regroupe de son côté toutes les matières organiques qui peuvent dégager de l’énergie soit par combustion directe ou à la suite d’une étape de transformation. La biomasse représente donc aussi bien la fraction biodégradable des déchets industriels ou agricoles que le bois issu directement de la forêt.

En France, près de 9% de notre consommation d’énergie est déjà issue de la biomasse dans un bouquet énergétique composé à 14% d’énergies renouvelables. Une proportion amenée à grandir davantage compte tenu des objectifs affichés dans la loi de Transition énergétique, qui prévoit notamment d’atteindre 23% d’énergies renouvelables en 2020 et 32% en 2030, et mise pour cela sur un développement croisant des bioénergies aux côtés des filières éolienne, solaire et hydroélectrique. La Programmation pluriannuelle de l’énergie doit permettre de concrétiser ces objectifs en détaillant les mécanismes de soutien qui seront mis en place pour dynamiser ces différentes filières. Le dossier dit du maître d’ouvrage (DMO) de la PPE publié le 7 mars par les services du ministère de la Transition écologique et solidaire expose les ambitions du gouvernement en la matière pour 2023 et pose les bases d’une réflexion pour les périodes suivantes. Ce premier document sera soumis à consultation publique à compter du 19 mars prochain et devrait déboucher sur une première version de la PPE au mois de juin 2018.


Des filières de production aux nombreux atouts

Considérées par le gouvernement comme des solutions de premier plan pour décarboner la production d’énergie, les bioénergies présentent en effet de nombreux atouts pour la transition énergétique. Elles permettent via la valorisation des ressources locales, de maintenir ou de créer des emplois non délocalisables et d’assurer un complément de revenus non négligeable pour les acteurs du monde agricole et forestier (selon l'Ademe, la production d'énergies à la ferme représente un complément de revenu qui peut aller jusqu'à 15.000 euros par an). Peu dépendantes des fluctuations des prix des énergies fossiles, elles constituent aussi un véritable facteur d’indépendance énergétique et d’amélioration de la balance commerciale énergétique (certaines bioénergies sont très actives à l’export, comme celle du chauffage au bois), tout en dynamisant les territoires à énergie positive et le développement de l’économie circulaire. Les bioénergies jouent en ce sens un rôle significatif dans notre économie. Le seul bois-énergie par exemple, peut par son développement permettre de réduire de 1,3 milliard d’euros notre facture énergétique dès 2020, explique le Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Sur le plan environnemental enfin, les filières des bioénergies ont un rôle fondamental à jouer aussi bien dans la gestion durable des forêts et des ressources naturelles, que dans la gestion des déchets, ou dans la production d’engrais d’origine organique comme substituts aux engrais d’origine fossile. Non-émettrices de gaz à effet de serre, elles participent à la lutte contre le changement climatique et pose les bases d’un développement plus durable.


Biométhane et biocarburants, les bioénergies dans la nouvelle PPE

Parmi les bioénergies identifiées, le gaz renouvelable, appelé aussi biométhane ou biogaz, fait figure de référence tant ses perspectives de développement sont prometteuses dans l’Hexagone. Il est produit à partir de déchets organiques (déchets de table, épluchures, tontes), de déjections animales (lisiers) et de matières agricoles, et pourrait atteindre, selon les objectifs de la PPE, une capacité de production de 8 TWh en 2023. Un objectif ambitieux pour lequel le gouvernement se dit prêt à lancer les appels d’offres nécessaires et à encourager de manière significative l’injection dans les réseaux. Si seulement 0,22 TWh de biogaz a été injecté dans les réseaux en 2016 (en comparaison à l’objectif de 1,7 TWh pour 2018), la courbe de croissance de la production de biométhane montre une bonne dynamique, et le nombre de projets pour injection dans le réseau est en très forte augmentation.

Les carburants dits de 2e génération, issus de matières non alimentaires (déchets ou résidus agricoles par exemple), sont eux aussi largement mis en avant dans cette première mouture de la PPE à venir. Le gouvernement souhaite en effet donner la priorité au développement des biocarburants tout en préservant les investissements réalisés, et vise un objectif d’incorporation pour les biocarburants de 1,6% en 2018 et 3,4% en 2023 pour l’essence, et de 1% en 2018 et 2,3% en 2023 pour le gazole. Reste à savoir si de telles proportions sont réalisables et quel sera le rythme de développement fixé par secteur pour 2028 ou 2030 compte tenu du gisement disponible en France pour les biocarburants, le gaz renouvelable et l’ensemble des bioénergies de manière générale.

 

Auteur : Pierre Leger

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